Et voilà. Encore une décennie de rap qui s'achève. La plus triomphale sans doute pour cette musique, tant elle coule désormais de source, tant elle domine maintenant toutes les autres. Tout est rap, à l'issue de ces dix années. La production est si pléthorique, ça tire tellement dans tous les sens, qu'il est de plus en plus difficile d'en repérer les véritables pépites, d'identifier les vraies perles au-delà des grosses machines vantées par les milieux consanguins de l'industrie et de la critique, qu'il est de plus en plus difficile de séparer les bons grains de l'ivraie.
En 2019, toutefois, on a pu compter une fois encore sur des valeurs sûres comme les scènes régionales de Detroit et de Floride. A la manière de la trap music d'Atlanta, qui en dix ans est passée de musique bulldozer en complainte pour rappeurs dépressifs, on a vu sa cousine la drill de Chicago devenir mélancolique avec Polo G, alors même qu'explosaient au grand jour ses variantes new-yorkaises et anglaises. Et puisque l'on parle de la scène britannique, notons aussi qu'avec les succès critiques de Dave et de Slowthai, le rap anglais (non, pas le grime, mais le vrai rap anglais) n'a plus grand chose à envier à son père américain. Et puis, comme s'ils avaient voulu conclure la décennie de manière honorable, on a vu certains des rappeurs qui l'avaient dominée, Young Thug, Kevin Gates, Danny Brown et quelques autres, offrir à cette année 2019 des albums tout à fait acceptables. Voici juste quelques faits notables, parmi une pléthore d'autres auxquels la sélection ci-dessous n'apporte qu'un aperçu partiel et imparfait.
# 14. JAYDAYOUNGAN - Misunderstood
Un rappeur mélancolique, un autre, comme il en pleut dans les rues de Louisiane et d'ailleurs. Mais un bon. JayDaYoungan s'épanche sur ses tourments internes, sur ces envieux qui n'en veulent qu'à son fric, sur ces rivaux qui veulent lui faire la peau. Il se plaint, il se morfond, il se lamente. Mais il le fait avec talent sur ses sorties nombreuses, dont ce Misunderstood réussi.
# 13. BUBBA - Long Live Big Meats World
Sur une musique souvent soutenue, voire bondissante, en plus d'un hommage à son père décédé, Bubba et ses invités nous livrent un ordinaire constitué d'odes à l'argent et d'hymnes à la délinquance, d'histoires d'amour rude et de charges contre ces salopards qui vous poignardent dans le dos. Mais à Baton Rouge, cette place forte du rap, même l'ordinaire peut s'avérer exceptionnel.
# 12. SLOWTHAI - Nothing Great about Britain
Slowthai, c'est le rap de l'après-grime, mais c'est toujours très anglais. Le jeune homme de Northampton respecte ici une vieille tradition locale, celle de la dérision et du commentaire social, entendue avant lui chez Mike Skinner, voire chez Johnny Rotten. Traitant de l'Angleterre du Brexit, de celle des oubliés, il décrie comme eux une nation perdue, dont il est pourtant un fier représentant.
# 11. JACKBOY - JackNDaBox
Quand en 2016, on avait demandé à Kodak Black qui aurait mérité de figurer avec lui sur la liste des Freshmen de XXL, il avait cité Jackboy, son ami de Pompano Beach. Dans un style proche de celui de son compère, et avec l'appui de Rick Ross, Plies, Metro Boomin et Helluva, celui-ci lui a donné raison sur JackNDaBox, une mixtape solide, riche en réussites et en tubes habités.
# 10. KEVIN GATES - I'm Him
L'attention sur Kevin Gates était quelque peu retombée depuis sa dernière incarcération, mais c'était un tort. Certes, I'm Him n'est peut-être pas la grande œuvre du rappeur de Baton Rouge, et il n'y dévoile pas grand-chose de neuf, déroulant sa formule de gangster sentimental. Il fait ce qu'il sait faire, mais il le fait bien, sans s'encombrer d'invités ni d'interludes, de façon dense et efficace.
# 09. POLO G - Die a Legend
Vous prenez la drill music, ses percussions héritées de la trap, ses vers répétitifs et entêtants, sa violence, son nihilisme, l'arrière-plan glauque des quartiers chauds de Chicago. Mais à la place du ton orgueilleux habituel, vous avancez l'humeur en berne, vous chantonnez dans un état dépressif. C'est ce que fait Polo G sur Die a Legend, qui confirme son statut de valeur montante.
# 08. 42 DUGG - Young and Turnt
Detroit encore et toujours. 42 Dugg c'est, encore une fois, une nouvelle facette de ce rap de rue affamé, déclamé sans grand répit sur des synthétiseurs brusques, des rythmes électriques et des pianos haletants. Signe des temps, cependant, cette scène continue son expansion nationale, avec sur ce projet le parrainage de Yo Gotti, et la participation de briscards issus d'autres régions.
# 07. TYLER, THE CREATOR - IGOR
En dix ans, Tyler, the Creator a bien changé. L'adolescent adepte d'une musique sombre et abrasive, que l'on accusait alors d'être homophobe, était maintenant l'auteur de blockbusters à succès remplis de sons variés et de collaborations prestigieuses, où il se confiait sur son amour déçu pour un homme. Ce n'était plus le même Tyler, cependant IGOR pourrait bien être son album majeur.
# 06. DAVE - Psychodrama
Concept-album construit à la manière d'une psychothérapie, imprégné de considérations sociales sur l'identité noire ou la violence faite aux femmes, produit (avec l'aide de quelques autres) par un rappeur qui est aussi un pianiste accompli, Psychodrama de l'Anglais Dave apporte à la critique le rap adulte ce qu'elle apprécie ; et à la génération de l'après-grime, son album de référence.
# 05. PNL - Deux Frères
PNL est passé du blues du dealer au spleen de ceux qui ont réussi. Maintenant, le duo est au haut de la Tour Eiffel, il a atteint l'Himalaya, et sa musique s'en ressent. Moins rude, moins rap, la recette est plus prévisible, la variété est plus proche et des longueurs s'installent. Mais la mélancolie reste, tout comme l'excellence, sur plusieurs titres de cet autre album événement des deux frères.
# 04. CESCHI - Sad, Fat Luck
On pardonne à Ceschi son débordement indécent de noirceur, tant lui et Factor excellent dans leur incroyable éclectisme, tant ils parviennent à faire sonner juste leur mélange de folk, d'indie pop et de rap issu de l'underground californien des années 90, mâtiné cette fois de sons plus actuels. Sad, Fat Luck n'est pas le meilleur Ceschi, loin s'en faut, mais c'est un Ceschi tout de même.
# 03. SAMEER AHMAD - Apaches
Sameer Ahmad avait déjà franchi un cap avec Perdants Magnifiques, son album de 2014. Cinq ans plus tard, Apaches enfonce le clou. Derrière un vague concept western, le rappeur de Montpellier renforce ce jeu de piste rempli de références qu'est son rap, d'une production de très haut vol. Sans doute son oeuvre majeure, et l'un des meilleurs albums de rap français de 2019.
# 02. BILLY WOODS & KENNY SEGAL - Hiding Places
Cette association entre deux vétérans de l'underground, le premier un rappeur new-yorkais âpre et difficile, le second un producteur californien issu de l'après Project Blowed, fonctionne parfaitement. Avec sa musique dissonante, discordante et déstabilisante, Kenny Segal a su adapter son style à celui de Billy Woods, il a su sublimer son rap ironique, misanthropique et désabusé.
# 01. BABY SMOOVE - Flawless
Que ceux qui trouvent les rappeurs de Detroit interchangeables écoutent Baby Smoove. Avec ses marmonnements, son phrasé détaché et son rap de rue délivré comme s'il n'en avait rien à faire, ce dernier nous a proposé sa formule à lui. Sur Flawless, il s'est démarqué de la musique énergique de sa ville, même si ses paroles et sa musique tendue proviennent indéniablement de là-bas.
LE CLASSEMENT DES LECTEURS
On n'avait jamais voté autant qu'en 2018, au désormais rituel référendum de fin d'année de Fake For Real. Et en 2019, presque autant de personnes se sont exprimées. Cela se voit dans la grande diversité du classement ci-dessous, qui malaxe tous les genres, et où le rap français figure à la hauteur de l'américain. Au bout du compte, comme l'an passé, tout cela témoigne du caractère indéniablement éclaté, fragmenté et balkanisé d'un rap désormais omniprésent.
- FREDDIE GIBBS & MADLIB - Bandana
- SAMEER AHMAD - Apaches
- PNL - Deux Frères
- BILLY WOODS & KENNY SEGAL - Hiding Places
- ROC MARCIANO - Marcielago
- DENZEL CURRY - ZUU
- SADA BABY - Bartier Bounty
- Z-MONEY - Shawty Paid
- GRISELDA - WWCD
- LUCKI - Freewave 3
- YOUNG DOLPH & KEY GLOCK - Dum and Dummer
- MACH-HOMMY - Wap Konn Jòj!
- PEEZY - No Hooks 2
- BENNY THE BUTCHER - The Plugs I Met
- GUNNA - Drip or Drown 2
- ELOQUENCE & JOE LUCAZZ - L'Enfer ou l'Eau Chaude
- DJ MUGGS & MACH-HOMMY - Tuez les Tous
- LK DE L'HOTEL MOSCOU - Vita Brevis
- MAKALA - Radio Suicide
- POP SMOKE - Meet the Woo
- 03 GREEDO & MUSTARD - Still Summer In the Projects
- LITTLE SIMZ - GREY Area
- TYLER, THE CREATOR - IGOR
- 03 GREEDO & KENNY BEATS - Netflix & Deal
- POLO G - Die a Legend
- DANNY BROWN - uknowhatimsayin¿
- FUTURE - The WIZRD
- YOUNG THUG - So Much Fun
- EARL SWEATSHIRT - Feet of Clay
- LALA &CE - Le son d'après
- QUELLE CHRIS - Guns
- BOOGIE - Everything For Sale
- M HUNCHO - Utopia
- MOISE THE DUDE - OG
- YUGEN BLAKROK - Anima Mysterium
- ARM - Codé
- YOUNG NUDY - Faded in the Booth
- RAPSODY - Eve
- SADA BABY - Whoop Tape
- YOUR OLD DROOG - It Wasn't Even Close
AUTRES SORTIES NOTABLES
Ci-après, une poignée d'autres projets rap, déjà évoqués sur ces pages au fil de nos appétits ou de nos découvertes. Ils méritent également d'être retenus, soit parce qu'ils figurent parmi les indispensables de 2019, soit parce qu'ils ont capté notre attention avec d'autres arguments.
Azjah occupe la place, rare, de rappeuse à Los Angeles. Rien, cependant, ne distingue l'auto-proclamée "princesse de Compton" de ses pairs masculins. Elle défend un rap de rue unisexe, où il est question des responsabilités et des actes d'une délinquante. Mais elle le fait avec mélodies et mélancolie, offrant ainsi une version féminine réussie d'un très contemporain blues de gangsters.
BENNY THE BUTCHER - The Plugs I Met
Sur la scène East Coast de la fin de la décennie, en tout cas dans sa portion qui se présente comme une suite au rap classique des années 90, Westside Gunn, Conway et Griselda Records appartiennent certes à la seconde division, la première étant emmenée par Ka et Roc Marciano. Mais cette seconde division, avec ce court album de pur cocaine rap, Benny en a pris la tête en 2019.
Bris assassiné, Mac J s'emploiera à perpétuer la mémoire de cet espoir gâché du rap californien. En toute logique, puisque ces cousins ont toujours mené leur carrière côte à côte, comme en 2019, l'année de la révélation pour Bris, celle qui a précédé sa mort, quand ces rappeurs de la scène de Sacramento ont délivré ensemble une courte "mixtape" forte de quelques titres remarquables.
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DANNY BROWN - Uknowhatimsayin¿
Danny Brown oublie quelques temps qu'il est chez Warp et qu'il se doit de produire du rap de hipster, et il sort l'un de ses albums les plus accessibles. Epaulé par ce bon vieux Q-Tip, qui produit les meilleurs titres de cette sortie concise, il rappe toujours avec adresse, il ne perd rien de sa fantaisie, et son art fait preuve de ce qui est au fond le thème capital de cet album : la résilience.
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L'année de l'ascension, celle qui l'a vu passer en quelques mois de rappeur méconnu à l'un des artistes les plus écoutés des plateformes de streaming, DaBaby opère une légère inflexion avec son deuxième album. En plus de son rap caustique et sans répit, on l'entend mettre son succès en regard de moments plus intimes, comme la mort de ce père que l'on voit en pochette.
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DAMJONBOI & COACH JOEY - 7Even
DamJonBoi est l'un des architectes sonores du rap de Detroit. Et en plus de cela, il rappe, comme sur cet album délivré avec un autre personnage au centre de cette scène, Joseph McFashion, alias Coach Joey. Sans surprise, cette sortie parmi beaucoup d'autres est générique. Mais elle confirme aussi, comme lui-même le prétend, que tout ce qui passe entre les mains du producteur est bon.
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Denzel Curry a toujours opté pour la concision, mais cet album, avec ses 29 minutes, est encore plus court que les autres. Il n'en est pas moins dense, le rappeur de Carol City rendant un hommage à sa ville et à sa Floride natales, avec des invités du coin. Ce projet réussi porte sur l'environnement qui l'a vu naître : sa cité, ses parents, ses proches décédés, ses mentors, ses influences.
A 19 ans, Digga D aura été l'un des acteurs de l'explosion au grand jour de la UK drill en 2018 et 2019. Son formidable "No Diet" aura été l'un des singles de l'année, et sa mixtape Double Tap Diaries l'un de ses projets les plus cotés. Et malgré la censure, malgré aussi l'emprisonnement du rappeur au moment de sa sortie, cette dernière n'aura traité à peu près que d'un seul sujet : la violence.
Il a annoncé le rap anglais d'aujourd'hui, celui qui a su adapter à la sauce britannique des recettes venues de la trap et de la drill de l'autre côté de l'Atlantique. Il est l'un de ceux qui ont su se placer au niveau des Américains, et qu'ils ont adoubés. Aussi, même si ce trop long Big Bad n'est pas irréprochable, méritait-il d'être distingué en cette année faste pour le rap d'Outre-Manche.
Après avoir célébré sur At What Cost sa ville d'origine, Washington DC, GoldLink fait venir Londres, l'Afrique et la Jamaïque sur ce second projet officiel, dans le but de rendre hommage à la diaspora des musiques africaines. Toutefois, c'est surtout de lui dont il parle, de son passé turbulent, de ses amours, de ses succès, dans ces moments les plus accrocheurs placés au début de l'album.
Le son originel de Baton Rouge, celui grâce auquel se sont fait connaître Webbie et Lil Boosie, n'est pas tout à fait mort. Quelques rappeurs locaux défendent encore ce style, délivrant un rap de mauvais garçons rythmé et dansant, héritier lointain des carnavals d'autrefois. Jungle Muzik Larry est l'un d'eux. Il l'a prouvé sur ce 56DD bienvenu à l'heure du rap de pleurnicheurs.
Kilo Jugg, c'est une image, avec sa cagoule à tentacules, destinée sans doute à évoquer son personnage fétiche Davy Jones. Mais surtout c'est une musique parfois splendide, qui navigue d'une UK drill de saison à cette trapwave popularisée par son compère M Huncho, à ce rap de dealer impénitent magnifié par des sons mélodiques et des chants en forme de complainte.
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Si la qualité d'un artiste se juge à sa postérité, alors Young Thug n'a pas de souci à se faire. Ses disciples sont nombreux. Certes, ils ne sont pas tous à sa hauteur, et ils se perdent dans cette musique évaporée et mollassonne qu'est devenue la trap music d'Atlanta, au terme de ses évolutions. Mais un au moins de tous ces suiveurs, Lil Keed, parvient à se montrer digne de son maître.
Cuz I Love You arrive au terme d'une campagne rondement menée. S'affichant à une époque porteuse comme l'égérie de la body positivity, Lizzo l'ancienne rappeuse indé a su gagner sa place. Cet album, globalement réussi, est un cri de triomphe qui condense six décennies au moins de musique afro-américaine, tout en étant l'aboutissement d'autant d'années de combats féministes.
KOD a beau être relativement inégal, il n'en est pas moins une pièce importante dans la discographie de Lonnie Bands. Il est un jalon, celui qui permet au meilleur rappeur du meilleur collectif de Detroit de sortir de sa ville et d'être vanté chez Pitchfork, celui où, en conviant la Shoreline Mafia et Ice Burgandy, il rappelle les liens qu'on savait forts entre les scènes de Detroit et de Californie.
PAYROLL GIOVANNI - No Validation Necessary
Non, décidément, Payroll Giovanni n'a besoin de la validation de quiconque. Les faits suffisent, il n'a besoin de l'assentiment de personne. Mais nous, nous approuvons quand même. Surtout quand le rappeur de Detroit en revient, comme sur ce court projet, au style de sa ville. Quand, violent et orgueilleux, il s'exprime sur des sons nerveux, des synthés glaçants, des pianos impitoyables.
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Les raps de rue francs et directs de Peezy ne sont jamais aussi bons que dépourvus de fioriture et délivrés d'un coup d'un seul, sans refrain. C'est ce qu'a prouvé No Hooks en 2018. Aussi l'homme de Detroit récidive-t-il en 2019 avec une deuxième édition, à peine un peu plus longue, comptant cette fois quelques invités, et d'une qualité tout à fait comparable à la précédente.
Elle était déjà là, la mort de Pop Smoke. Elle était inscrite dans cette première mixtape, la base de sa carrière météorique. Elle se sentait, dans cette version new-yorkaise de la UK drill, où dominaient la menace des paroles et l'inconfort de la musique, et où, au-delà de considérations mécaniques sur le sexe et sur les marques de luxe, s'affichait la culture violente et mortifère des gangs.
POUYA - The South Got Something to Say
Le mal-être est au cœur des paroles de Pouya, mais il ne l'expose pas toujours de la même façon. Si ses sons les plus abrupts n'ont pas totalement disparu de ce troisième album, The South Got Something to Say dévoile une déclinaison plus calme, plus mélodique et plus accessible de la formule du Floridien. Voici donc une autre version de Pouya. Voilà une autre version du rap du Sud.
Les années 2010 ont débuté avec Marcberg, et elle se sont achevées avec Marcielago. Au cours de cette décennie, Roc Marciano aura été celui qui a sauvé New-York, celui qui a permis au berceau du hip-hop d'avoir encore quelque chose à apporter à cette musique, sans rien renier de ses fondamentaux. Avec ses sorties austères mais immaculées, il aura construit une véritable œuvre.
PAYROLL GIOVANNI - January 30th
A force de découvrir sans cesse de nouveaux rappeurs excitants à Detroit, on en oublierait presque l'un de ceux par qui tout a débuté. Son association avec Cardo aura certes élargi son audience, mais elle aura aussi dénaturé sa formule. Par chance, il y a des projets comme celui-ci, dédié comme toujours au thème de l'argent, pour nous rappeler l'excellence de Payroll Giovanni.
PROJECT SWIFT - Thug Motivation 101
C'est une musique générique que nous propose Project Youngin, avec le renfort de DJ Swift. Voici un nouveau rappeur qui chante, voici encore un gangster qui nous expose la rudesse de sa vie dans la rue, ainsi que son besoin d'amour et de réussite. Mais ce projet, irrésistiblement mélodique, et serti de gemmes comme son tube recyclé "Nobody Like Myself", se montre homogène et réussi.
RIO DA YUNG OG - Ghetto Babies
Avec Rio, ça rappe. Sans même se soucier de la musique, pourtant solide, le gangster de Flint déroule ses récits de délinquance sans fard ni pause, dans un style proche de celui de son parrain, Peezy. Le rappeur de Detroit, d'ailleurs, est très présent sur ce projet, un seul parmi les nombreux autres qu'il aura proposés en 2019, et grâce auxquels il aura été l'un des hommes de l'année.
RMC MIKE & RIO DA YUNG OG - Dum and Dumber Too
Rio n'a pas toujours agi seul. Le rappeur de l'année 2019, celui qui a mis ou remis Flint sur la carte du rap, s'est distingué aussi avec son acolyte RMC Mike. Sur les deux premiers volumes des Dumb and Dumber, les deux hommes, joueurs, ont délivré un festival de punchlines délirantes et immorales dans un fatras halluciné de pianos, de cloches, de synthés et de rythmes électriques.
Bartier Bounty, l'un des albums les plus attendus de 2018, est sorti finalement au début 2019. Et au bout du compte, il n'est pas le couronnement espéré. Il n'est pas la consécration de ce rap intense et versatile par lequel s'est fait connaître Sada Baby. Il n'en est que la perpétuation, il ne fait que confirmer tout le bien qu'on pensait du barbu de Detroit. Et cela est tout à fait satisfaisant.
SHEFF G - The Unluccy Luccy Kid
Après Pop Smoke pendant l'été, ce fut au tour de celui qui en 2017 avait révélé la Brooklyn drill de briller. Avec Sheff G (mais aussi son compère Sleepy Hallow), se retrouvent les thèmes sauvages et violents de la drill originelle. Mais ils s'expriment au son des pianos tristes du producteur Great John et de quelques autres, offrant de nouvelles faces à un genre qui ne cesse plus d'évoluer.
Ce fut le buzz dans le buzz. Alors que Detroit a commencé à être reconnu comme la nouvelle Mecque du rap, l'attention s'est portée sur les ShittyBoyz. A partir de l'été, le trio nous a surpris avec une nouvelle déclinaison du sous-genre de saison, le scam rap, avec un son issu de la freestyle music des années 80, et l'apparence improbable de son membre le plus remarquable, BabyTron.
Le premier album d’AJ Tracey a quelques tubes, mais il est loin d’être parfait. Cependant, en s’auto-célébrant, en s’affranchissant sans le trahir du créneau grime dont il est issu, en s’inspirant très largement des collègues américains et en cultivant d’autres influences internationales, il est représentatif de son époque, celle où le rap britannique est sorti définitivement de sa niche.
DANNY WINNIN - Going For the Win
Un nom de plus à inclure à la liste des bons rappeurs de Detroit. Après The Chosen One et City of Bosses les mois précédents, Danny Winnin a confirmé avec Going for the Win. Le rap de rue local y est déployé dans toutes ses variantes, hymnes nerveux, saillies paranoïaques, complaintes de gangster, sans aucun autre ajout qu'une poignée de morceaux décisifs et marquants.
WNC Whop Bezzy, c'est un autre personnage de la riche scène rap de Baton Rouge. Actif depuis 2016 au moins, il délivre sur cette sortie courte très réussie la vraie musique de la Louisiane. Addy World, en effet, c'est du rap hédoniste, enjoué, dansant, rythmé et carnavalesque, avec ici ou là des merveilles d'entrain et de minimalisme, comme seuls les gens de la région savent en faire.
Qui l'eut cru, Young Thug est devenu un rappeur normal. Même si les thèmes (luxe, filles, drogue) restent, même si la créativité est toujours là, tout cela est agencé de manière calme, propre, sans les excès et la folie qui l'ont longtemps caractérisé. So Much Fun est présenté comme un premier album studio, mais il est en fait la fin d'une décennie que Thugger aura profondément marquée.
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