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SADA BABY - Bartier Bounty

, 22:36 - Lien permanent

Pour ceux qui, en 2017, ont découvert Skuba Sada et Dat One Nigga, il n'y avait pas l'ombre d'un doute : le prochain Sada Baby allait être l'album rap le plus attendu de 2018. A une époque dont on se souviendra plus tard comme l'âge d'or de la scène de Detroit, le barbu furieux que Tee Grizzley avait pris sous son aile apportait exactement ce qu'il lui fallait au rap de rue local : une voix furieuse, un style débordant de folie, une euphorie si difficile à contenir qu'elle se traduisait, dans ses vidéos, par d'étranges danses démantibulées. "Bloxk Party", une collaboration avec Drego, n'a fait ensuite que décupler cette attente. Il a pourtant fallu prendre son mal en patience, car ça n'est qu'en 2019 qu'est finalement sorti Bartier Bounty. Mais cela n'est pas bien grave : car pour l'essentiel, il déçoit peu.

SADA BABY - Bartier Bounty

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Cette sortie a pourtant la particularité, pas toujours avantageuse, de ces albums destinés à couronner leurs auteurs au moment où ils entrent dans le giron d'une major du disque (Asylum ici, en l'occurrence). Même si l'aspect général de Bartier Bounty est celui d'une mixtape, approximations sonores incluses, il arrondit quelques angles, il polit certaines rugosités. Casada Sorrell (le vrai nom de Sada Baby), par exemple, chante de temps en temps. Sa cousine et collaboratrice Ashley, présente ici sur "Bonnie & Blyde" (et aperçue sur Book of Ryan, le dernier Royce de 5'9'') lui aurait donné cette envie d'exercer sa voix, et il s'y adonne sur "Edmore" et "Auntie Melody", étendant un registre vocal déjà large et versatile.

Le titre de l'album est un hommage à Detroit. Le nom de Cartier County désigne en effet ses bases, peuplées de petites frappes éprises des lunettes de la marque en question. La musique, pourtant, n'est pas si locale. Malgré la présence épisodique du producteur phare de la scène de Detroit, Helluva, elle est parfois plus proche de la tradition trap music que du style local. Sada Baby, qui confesse que Gucci Mane et Future sont ses modèles absolus, s'ouvre sur Atlanta, comme le prouve la présence dès le début de Hodrich Pablo Juan. Mais il s'agit là de la seule intervention extérieure. A part celle-ci, et hormis les contributions logiques de Drego et d'Ashley Sorrell, Sada Baby s'exprime seul, et il fait en sorte que l'essentiel soit là : les morceaux intenses et énergiques ponctués de ces "Huhh" qui sont sa marque de fabrique, les décharges d'agressivité comme "Skuba Says" et "Dumbass", qui passent en crescendo de marmonnements inquiétants à des admonestations furieuses, comme dans ce cas d'école qu'est le bon "Unkle Drew".

Les thèmes sont ceux d'un gangsta rap rabâché (le titre du projet et les paroles de plusieurs titres laissent entendre que Sada Baby est affilié aux Bloods), mais ces références à l'argent, au sexe, aux armes et à la drogue, ou ses fréquentes attaques envers ses adversaires comme sur "Horseplay", se télescopent de manière anarchique et inédite, mêlées de références à des joueurs de basket, l'autre marotte du rappeur. Sada Baby ne délivre certes pas vingt "Bloxk Party" sur Bartier Bounty, il ne magnifie pas la formule qui l'a fait connaître en 2017, il ne la sublime pas. Mais au moins, il la prolonge, ce qui reste conforme à nos attentes.

Vos 5 albums / mixtapes 2019

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