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POLO G - Die a Legend

, 18:23 - Lien permanent

C'est en prison qu'est né le Polo G que l'on connaît aujourd'hui. Avant cela Taurus Bartlett, en bon apprenti rappeur de Chicago, donnait plutôt dans une drill music générique. Mais en 2018, entre quatre murs, il choisit d'infléchir son style avec "Finer Things", un titre chantonné sur les notes d'un piano mélancolique, où il partageait sans trop y croire ses rêves d'une vie meilleure. Sorti quelques temps après, sa vidéo fut visionnée des millions de fois sur Youtube. Un peu plus tard, ce fut le tour de "Pop Out", un single enregistré avec le rappeur new-yorkais Lil Tjay de connaître le succès, de manière plus éclatante encore, permettant à Polo G de rejoindre Columbia et de devenir à 20 ans pile le next big thing du rap de Chicago.

POLO G - Die a Legend

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Die a Legend capitalise sur cette formule. En quelque sorte, il prend la suite de la drill chantée de Lil Durk, mais il lui fait subir une nouvelle mutation, en la rendant plus propre et plus pop. Les percussions, les vers entêtants, les paroles entièrement circonscrites au thème de la jungle urbaine sont toujours là, comme sur le très noir "A King’s Nightmare". Entonné d'une façon plus agressive, un titre comme "Dying Breed" serait par exemple un pur morceau de drill music, avec sa scansion répétitive, et son portrait d'une jeunesse condamnée au crime, à la drogue et à la mort. L'ambiance est paranoïaque, la trahison au coin de la rue, comme le décrit le morceau "Last Strike". Mais au lieu de sons criards, Polo G emploie des pianos tristes, beaucoup, ou des instruments du même acabit comme la guitare acoustique de "Chosen 1". Et il use en fredonnant d'une voix résignée.

Tout cela, plutôt que de dénaturer ce genre musical, fait au contraire ressortir un de ses traits latents. Parce qu'il en ôte l'orgueil et le triomphalisme, il met en valeur le désespoir derrière le nihilisme. Sur le très bon "Through da Storm", par exemple, on entend les fanfaronnades habituelles sur l'argent amassé illégalement, mais le ton abattu du rappeur semble dire tout le contraire, tout autant que le refrain, qui parle des pleurs de sa mère, ou de sa petite sœur qu'il n'entend qu'à travers le téléphone de la prison. Sur "Effortless", un des autres grands titres émouvants de l'album, son portrait de quartiers où les balles sifflent autour des enfants, n'est pas à proprement parler des plus avenants. Et à multiples reprises, sur "Battle Cry" tout comme sur "Finer Things", "Chosen 1" et "Deep Wounds", il parle de noyer sa détresse dans la consommation d'ecstasy.

Même quand il parle de son ascension sur "Picture This", même quand il compare son statut actuel à son passé difficile, Polo G rappe comme s'il était en dépression. Le titre de l'album, en fait, est trompeur. Il ne parle pas de course vers le succès. Il est au contraire, un dépit, un désenchantement, une certitude que la mort est au coin de la rue, et que c'est après que la reconnaissance arrivera. C'est en tout cas ce que dit le refrain de "BST", un titre au détour duquel le rappeur confie avoir un enfant en route : "pour ma famille, je dois bâtir une postérité, je serai leur homme après ma mort". Cet album, c'est Die a Legend, et non Get Rich or Die Tryin'. Cependant, compte-tenu de l'accueil très favorable qu'il reçoit aujourd'hui, Polo G pourrait bien parvenir à consolider sa légende bien avant l'échéance finale.

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