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DANNY BROWN - Uknowhatimsayin¿

, 23:07 - Lien permanent

Aujourd'hui, quand on parle du rap de Detroit, c'est à Payroll Giovanni, Tee Grizzley, Sada Baby, Team Eastside Peezy, FMB DZ, Icewear Vezzo, voire aux ShittyBoyz, que l'on songe spontanément. Ces cinq dernières années, le rap de rue local a effacé l'ancienne scène à laquelle la ville était autrefois associée, celle du hip-hop undeground, battle et backpacker qui a engendré des talents aussi divers et contrastés qu'Eminem et Jay Dilla. Celle-ci, pourtant, existe toujours, à travers la production traditionaliste et boom bap d'Apollo Brown et de Black Milk. Elle a même encore à nous apporter grâce au plus neuf de ses vétérans, ce Danny Brown qui a dû attendre d'avoir trente ans pour percer, à l'époque de l'album XXX. Alors qu'il approche maintenant de la quarantaine, il fait preuve de l'excentricité et de la créativité qui trop souvent, font défaut à ses collègues et à ses partenaires.

DANNY BROWN - Uknowhatimsayin¿

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L'identité du producteur exécutif du dernier album de Danny Brown, U Know What I'm Sayin?, en dit beaucoup sur lui. En confiant ce travail à Q-Tip, le rappeur de Detroit s'inscrit dans la lignée d'un rap classique et académique. Mais c'est aussi avec l'une des légendes les plus hallucinées et psychédéliques du hip-hop qu'il s'acoquine. Cette créativité, qu'il partage avec la figure de proue d'A Tribe Called Quest, aurait pu être la tare de Danny Brown. Son dernier album par exemple, Atrocity Exhibition, avait de grands moments, mais il penchait souvent du mauvais côté de la musique de hipster. Le second, cependant, est à point. Une nouvelle sortie chez les laborantins anglais de Warp, la présence d'expérimentateurs notoires comme Run the Jewel, JPEGMafia et Flying Lotus augurait de la même rudesse stylistique. Mais au contraire, cet album très concis est plus accessible.

Danny Brown est un traditionnaliste qui, avec verve, va s'en prendre aux rappeurs de bas-étage sur le diss track "Theme Song". Il est un lyriciste adroit avec les mots, qui cultive avec facilité l'art de la punchline, qui manie avec humour celui du bon mot improbable, comme avec l'intraduisible “papa was a rollin’ stone, so I sold rocks to him”, sur le tube de l'album, ce "Dirty Laundry" produit par Q-Tip. Il démontre avec brio son aisance verbale et sa capacité à enchaîner d'improbables rimes internes, comme sur "Negro Spiritual". Le thème antique de la jungle urbaine est abordé sur "Combat", avec Q-Tip et Consequence. Il se contente le plus souvent d'une boucle très simple, comme sur les morceaux "Theme Song" et "Savage Nomade". Sont évoquées enfin des références rap méconnues de la nouvelle génération, comme Digital Underground sur le même titre, ou Mr. Serv-On de No Limit et MF Doom sur "3 Tearz", la collaboration avec El-P et Killer Mike.

Mais ce qui distingue Danny Brown, c'est qu'il n'est pas un gardien du temple : il est un fantasiste. L'humour est premier sur cette sortie qu'il a appelée son comedy album. Il le prouve sur "Dirty Laundry", qui relate ses escapades sexuelles. Cet humour scabreux est aussi à l'oeuvre sur "Belly of the Beast", l'un des rares moments de l'album où sa musique s'adonne encore au culte de l'expérimentation. Contrairement à certains de ses collègues, le rappeur de Detroit n'est pas un passéiste, loin s'en faut. Le passé, au contraire, il compte bien le laisser derrière lui. Les difficultés de son existence, il dit vouloir les solder dès "Change Up", sur "uknowhatimsayin¿" et sur "My Best Life", un titre où le rappeur dit vouloir profiter de la dernière vie qu'il lui reste. La résilience, en effet, est le thème principal de cet album. Et avec Danny Brown, le vieux rap de Detroit en fait sacrément preuve.

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