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SHITTYBOYZ- 3-Peat

, 22:59 - Lien permanent

C'est désormais une chose admise, la scène de Detroit nous offre le rap le plus affriolant de cette fin de décennie. En cette année 2019 où il semble pour de bon sur tous les écrans radar, le buzz est venu des ShittyBoyz, avec la sortie cet été de leur album 3-Peat, suivi en octobre par un solo de BabyTron, le membre le plus éminent du trio. Si ces trois-là ont su captiver l'attention, c'est qu'ils sont apparus comme le groupe manifeste d'un nouveau mouvement, et qu'ils se sont distingués sur trois dimensions fondamentales en musique : le son, le thème et l'apparence.

SHITTYBOYZ- 3-Peat

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Musicalement parlant, en effet, le trio semble pousser au bout de sa logique la musique électronique pleine de vigueur et d'adrénaline qui caractérise le rap de Detroit. Jusqu'ici, on croyait cette dernière apparentée à la techno locale, ou qu'elle était une descendante de l'electro rap d'antan. Mais en vérité, elle s'inspirait de la sœur pop de ce dernier, la freestyle music des années 80. Helluva, le producteur phare de l'endroit, qui a collaboré avec le trio, a récemment craché le morceau : il est un fan de ce genre, que l'on a déjà entendu chez SOB X RBE, les cousins californiens des rappeurs de Detroit. Et cette fois, plus personne ne se cache : la plupart des morceaux de 3-Peat sont construits sur des samples de tubes de cette musique, comme le "What Will I Do" de Timmy ou le "I Want You" de Shana. L'electro rap a aussi sa place avec le "Planet Rock" d'Afrika Bambaataa. Et ces pillages sont à peine maquillés, comme dans le cas du conclusif "Spirit Bomb", qui reprend quasiment tel quel un autre titre de Shana, "Falling Slowly".

Les ShittyBoyz, cependant, ne se contentent pas de piller ces morceaux. Comme dans le cas de ce dernier titre, ou de "Last Dragon", tous deux irrésistibles, ils les transcendent. Ils en retiennent l'énergie, mais ils troquent les chansons d'amour gentillettes pour les raps de délinquant habituellement de vigueur à Detroit. Les jeunes garçons que sont BabyTron, StanWill et TrDee optent toutefois pour un gangstérisme de leur génération, un gangstérisme 2.0. Ils s'inscrivent dans une tendance apparue récemment, celle du scam rap (certains l'écrivent $cam rap), et dont le sujet de prédilection, plutôt que le deal de drogue comme chez leurs aînés, est la fraude à la carte bancaire. D'autres à Detroit représentent mieux ce sous-genre, comme Teejayx6 et Kasher Quon. Chez les Shitty Boyz, d'autres préoccupations se devinent, comme celles, typiquement adolescentes, pour les filles et les jeux vidéo. Mais à bien des égards ils sont supérieurs à leurs confrères.

Indépendamment du thème, les trois garçons jouent habilement de raps livrés off-beats et à toute allure, et prompts à la punchline mémorable. Celui qui se détache, c'est donc BabyTron. Et pour ne rien gâcher, il se distingue aussi par son look, assez inhabituel pour un rappeur : contrairement aux deux autres, ce garçon maigrichon, qui entretient le mystère sur ses origines ethniques, a un visage pâle, agrémenté d'une coupe de cheveu à la Beatles et d'un délicat duvet juvénile sur les lèvres. Par la volubilité de ses raps, ainsi que par ses traits distinctifs extra-musicaux, il est l'arme décisive des ShittyBoyz, celui qui fait que la musique du trio fonctionne et mérite les égards, même si, visiblement, elle est une recette.

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