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KEVIN GATES - I'm Him

, 13:32 - Lien permanent

On aurait pu redouter que Kevin Gates nous fasse un Gucci Mane. Que, sorti de prison début 2018, il nous revienne musclé, rayonnant et en bonne santé, mais que son art ne soit plus que l'ombre de ce qu'il avait été. Ces craintes ont été alimentées quand il a commencé à manifester un intérêt prononcé pour sa forme physique et que, tout récemment, il s'est entretenu auprès du magazine Men’s Health de son régime sain à base de mangues. La face gentille de Kevin Gates, d'ailleurs, est très visible sur son second album officiel, I'm Him. L'homme de Baton Rouge est depuis longtemps un rappeur sensible, et ça fait un moment qu'il pousse la chansonnette. Ce sont ses marques de fabrique, ce à quoi il excelle. Mais cette fois, les mélodies sont plus présentes que jamais, et ses sentiments débordent quand, en fin d'album, il crie tout son amour pour sa femme et sa fille.

KEVIN GATES - I'm Him

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Kevin Gates, toutefois, n'est pas Gucci Mane. Il n'a pas été libéré, sous les acclamations de ses héritiers, pour récolter enfin les fruits de son succès. En 2019, il n'est plus attendu comme le messie. Au contraire, son heure de gloire est derrière lui. Il l'a connue en 2016, quand est sorti son premier album, Islah, après une série fantastique de mixtapes, et qu'il s'est écoulé au-delà du million d'exemplaires. Dorénavant, malgré des résultats commerciaux toujours très honorables, il n'est plus au centre de l'attention médiatique. De plus, autre différence de poids avec Gucci Mane, Kevin Gates, lui, est toujours aussi pertinent.

Sur I'm Him, certes, il n'invente plus grand chose. Comme toujours, il consacre une bonne moitié de son temps à nous détailler sa vie de bandit, usant à l'occasion de bravades et de rodomontades, comme sur "RBS Intro", s'invitant à se dépasser sur le single "Push It". Après tout, le "him" du titre ne signifie-t-il pas "his imperial majesty", sa majesté impériale ? Et quand le rappeur nous parle de ses relations avec les femmes, c'est l'amour physique qu'il privilégie, comme sur l'ardent "Face Down", sur "Pretend" et sur le minimaliste "What I Like”. Il va jusqu'à mépriser ses compagnes sur "Let It Go", déclarant leur préférer la fille blanche (la cocaïne).

Sur l'autre moitié de l'album, Kevin Gates, schizophrène, nous ouvre son cœur. Il décrit les femmes comme des ensorceleuses sur "Fatal Attraction" et il leur chante la sérénade sur "Say It Twice". Il rend un hommage à sa femme Dreka, sur "Funny For You", puis de manière plus appuyée encore sur le conclusif "Fly Again". Et il déclare sa flamme à sa fille (Islah, dont le nom avait intitulé son premier album), sur ce "Betta For You" nourri par l'angoisse d'être un mauvais père. Souvent, en effet, l'assurance du rappeur en prend un coup, et il se retrouve à cheval sur les deux registres, le rude et le sentimental, comme quand il évoque l'adversité et les trahisons de la rue sur "Have You Ever", ou qu'il se lance dans une explication psychanalytique de son caractère froid et violent sur "Icebox" et "Walls Talking".

Kevin Gates déroule sa formule. Il le fait de manière sobre, condensée, ascétique, sans s'embarrasser des collaborateurs et de l'éclectisme qui caractérisent souvent les albums de rap grand public. De toutes façons, ses changements de ton, de voix et de phrasé suffisent à la diversité de I'm Him. Il les opère avec pertinence, naturel, de manière adéquate et jamais forcée, sur 17 titres concis de deux à trois minutes, rarement plus, sans aucune interlude, sans aucun aparté, avec peu de tubes, mais presque pas de remplissage. Et c'est précisément cela qui lui réussit.

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