DALEK - Absence

Des doutes subsistaient encore à l’écoute de l'opus précédent de Dälek, From Filthy Tongue of Gods & Griots (2002). Inégal, construit sur les facilités du bruit, du mur du son et des crescendo, il ne tirait pas encore tous les bénéfices du rap industriel très personnel inventé par le duo de Newark, malgré les vraies merveilles qu'étaient "Spiritual Healing" et "Classical Homicide". Deux ans après, cependant, Absence était l'album qui confirmait que Dälek était un grand groupe.

DALEK - Absence

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C’était toujours la même musique, ce déluge sonore métronomique et pesant, ces percussions impitoyables et ces basses énormes. C'était toujours ce rap à l’avenant, implacable, lent, intraitable, mais qui savait parfois se taire au profit des ambiances sonores et des hurlements qu’Oktopus savait tirer de sa machine ("A Beast Caged"). La formule était reconnaissable dès les premières notes, dès les premières paroles. Pourtant cet album de Dälek, le troisième si l’on excepte la collaboration avec les Allemands de Faust, était l’antithèse du précédent. Lourd et monolithique, sans hymne aux saveurs rock à la "Forever Close My Eyes", il n'en gardait pas moins la même intensité sur toute sa longueur, de bout en bout.

Plus encore que ses prédécesseurs, Absence était brut de fonderie. Les sons étaient moins divers. Il n’y avait ni les variations de l’album d’avant, ni la complexité formelle de Derbe Respect, Alder. La rythmique demeurait toujours la même, la musique était austère et monochrome, jamais elle ne s’écartait de ce rock industriel avec rap et sans guitare influencé par My Bloody Valentine (la ressemblance avec le groupe phare du shoegaze était criante sur "Ever Somber"). Cela faisait toute l'identité de ce groupe signé, et c'était tout sauf un hasard, sur Ipecac Recordings, le label du rockeur Mike Patton (Faith No More, Mr. Bungle).

Quant aux paroles, mélange banal de défiance envers les politiques et de constats amers sur l'état du hip-hop, elles n'avaient rien sensationnel dans le registre du rap "conscient", si l’on exceptait la charge contre la religion de "Opiate the Masses". Pourtant, plus uniformément sombre que n’importe quel autre disque de Dälek, Absence fascinait. Ecouté sur une chaîne puissante plutôt qu’au casque, il reproduisait au mieux l’expérience traumatisante que le groupe proposait en concert, cette longue mise sous tension qui ne retombait jamais. Tout cela relevait presque de la recette, de la facilité. Mais cela marchait sur ce disque, le meilleur du duo avant son successeur, un Abandoned Language encore plus remarquable.

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