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GOODIE MOB - Soul Food

, 23:02 - Lien permanent

Goodie Mob a toujours vécu dans l'ombre d'Outkast, sans jamais tout à fait connaître le même destin glorieux. Autant que de les lancer, leur présence sur le premier album des deux autres, Southernplayalistcadillacmusic (1994), les aura présentés comme une doublure. Plus tard, en cette fin des années 90 où Big Boi et Andre 3000 partaient à la conquête du grand public, l'autre grand groupe rap d'Atlanta loupait sa tentative de séduction avec World Party (1999). Et malgré leur positionnement crossover, les albums solo de Cee-Lo manquaient aussi leur cible.

GOODIE MOB - Soul Food

La Face / BMG :: 1995 :: acheter ce disque

Il faudra attendre 2006, le duo Gnarls Barkley et le carton absolu du single "Crazy" pour que le plus notable des membres de Goodie Mob rencontre enfin le succès, pendant que ses anciens compères peinaient à faire survivre ce qu'il restait du groupe, dans une indifférence presque générale. Et pourtant, le premier grand chef d'œuvre du Dirty South était bel et bien un disque de Goodie Mob, et non pas un Southernplayalistcadillacmusic certes excitant, mais très inégal. Ce premier vrai classique du rap du Sud, c'était le bien nommé Soul Food, sorti en 1995.

Ce disque n'annonçait pourtant en rien la tournure populiste que prendrait ensuite le hip-hop du Sud. Non, bien au contraire. Comme son nom l'indique, comme sa pochette le montre aussi, avec ces hommes noirs en pleine méditation, Soul Food était un vrai disque spirituel. Il était un héritier de la Great Black Music du temps du combat pour les droits civiques, partageant avec la soul des racines religieuses, puisqu'il était permis d'y prier ("Serenity Prayer") et d'y prêcher ("Fighting").

Même si une ode à la weed y avait sa place ("Goodie Bag"), Soul Food ne donnait pas dans le rap outrancier et le matérialiste, mais bel et bien dans un hip-hop "conscient", soucieux de rendre compte de la vie dans la rue et du ghetto (l'admirable "Cell Therapy", "Sesame Street", "The Coming"), de questionner le système pénal ("Live at the O.M.N.I."), d'appeler à se battre ("Fighting") ou de rendre un vibrant hommage à une mère dévouée ("Guess Who").

Khujo, T-Mo, Big Gipp et surtout Cee-Lo, de sa voix éraillée si caractéristique, pouvaient se fondre dans un flow agressif, mais pas que. Ils savaient aussi se faire posés, et enchainer les passages chantés. Et puis bien sûr, il y avait la production très délicate d'Organized Noize, sophistiquée mais vintage, organique, avec cette couleur soul / funk réminiscente de Stax, toute en orgues chaleureuses ("Thought Process", "Sesame Street"), en percussions subtiles ("Live at the O.M.N.I."), en cordes ("I Didn’t Ask To Come") et en chœurs gospel ("Free", "Soul Food", le très mélodique "The Day After"), une formule d'un faux calme, d'une paix lourde de menace, d'une perfection qu'elle atteindrait encore sur l'ATLiens d'Outkast.

Alors non, cet album qui donnerait son nom au rap sudiste avec "Dirty South", un autre de ses grands titres, ne ressemblait pas aux styles exubérants et démagos que le terme allait désigner. Et pourtant, il serait son premier chef d'œuvre.

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