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AWOL ONE & DADDY KEV - Slanguage

, 13:24 - Lien permanent

Slanguage a beau être le troisième album qu’Awol One nous concocte avec le producteur Daddy Kev et le DJ D-Styles, après Souldoubt et Number 3 on the Phone, le trio ne nous avait pas encore fait ce coup là. Délaissant les petites instrus rap bien calibrées dont il était coutumier sur les autres disques, Kev s’est engagé cette fois dans un délire formel total inspiré du free jazz. Revirement étonnant mais qui a tout à fait sa place sur Mush (le plus audacieux des labels hip hop) et qui, après tout, correspond assez bien à la dégaine d’Awol One, à sa voix éraillée, à ses chantonnements d’ivrogne, à ses freestyles et à son rap tout en divagations.

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Slanguage, c’est donc près d’une heure d’instrumentation débridée, de bouts de basse, de piano, de guitare jazz et de cuivres, de percussions acrobatiques et de scratches tout aussi osés placés ici ou là. C’est une succession continue d’instrumentaux calmes et effacés, sous lesquels le feu couve, et de musique haletante, emportée et incendiaire. Et c’est naturellement, pour accompagner cela, le emceeing erratique d’Awol One qui, plus encore qu’à l’accoutumée, passe du rap au récit puis aux chantonnements ("my girlfriend, she loves to watch me ripe the mi-i-i-iiii-i-ic"), de la pensée libre et du flot de paroles improvisées à la formule qui fait mal et qui se retient.

Sur "Finger Paint with..." par exemple, Awol One commence son rap à la façon du "Black Steel" de Public Enemy ("I got a letter from the government the other day..."), puis le détourne subitement dans une direction inattendue ("...opened and read it and then I got anthrax. Damn, I used to think it was the name of a band"), le tout sur fond de petits crissements efficaces et de grand orchestre menaçant. Et cela n’est que le plus notable des titres, le plus remarquable à la première écoute. D’autres moments de jouissance se révèlent au fil du temps ("The Rules of the Week"), qui démontrent qu'Awol One et Daddy Kev se tirent plutôt bien de cet exercice casse-gueule. Il faudra cependant sans doute plus longtemps pour savoir si Slanguage est aussi inégal que les deux albums précédents des compères ou si le rap tient ici son Fun House.

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