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BUCK 65 - Interview

, 22:58 - Lien permanent

Au vu de son rap lent et étrange, de ses compositions nimbées séparées en plusieurs mouvements, et de ses réelles qualités poétiques, malines et évocatrices, il est logique que Buck 65 soit affilié à l'écurie Anticon. Il reste cependant l'un des rares, avec son comparse Sixtoo et avec l'halluciné Dose One, à convaincre malgré tout les nombreux détracteurs du label de Sole. Et son génial Vertex pourrait bien être le meilleur à être sorti dans cette mouvance. Après un insistant échange d'emails avec sa manageuse, nous avons fini par coincer Buck. L'effort en valait la peine.

BUCK 65 - Interview

De nombreux artistes ont mentionné ton âge, environ 35 ans, comme une de tes spécificités. Ca n'est pas trop vieux, sauf pour un nouveau venu sur la scène rap. En as-tu assez d'être interrogé sur ton âge ? Si non, peux-tu nous dire ce que tu faisais avant Vertex et les Sebutones ? Du hip hop, un autre genre musical, quelque chose de complètement différent ?

Mon âme est très vieille, mais je suis plus proche de 25 ans que de 35. Les gens pensent que 65 est ma date de naissance, mais en fait, c'est mon poids. Je pèse 165 livres. J'ai commencé à enregistrer en 1990, et avant ça, je ne faisais que jouer au base-ball..

Comment et quand t'es-tu affilié à Anticon ?

J'ai commencé à fréquenter Anticon en 97, quand Sole vivait encore dans le Maine, tout près d'où j'habite, en Nouvelle-Ecosse. Quand tu compares la musique que nous faisons, tu comprends que notre rencontre était inévitable.

Mais tu as aussi ton label, 4 Ways to Rock. Tu peux nous parler des autres artistes de ce label (je ne connais que Mr Dibbs) ? Et à propos, c'est quoi les "4 façons de rocker" ?

La première sortie de 4 Ways a été le premier single des Sebutones, puis un single d'Obscure Disorder. Depuis, nous avons fait des disques avec Moka Only et Governor Bolts. A part Dibbs, c'est tout. Les "4 façons de rocker" sont les quatres composantes du hip hop : le b-boying, le DJing, le graf et le MCing.

Ton affiliation avec Anticon est compréhensible, vu ton approche du hip hop. Te considères-tu comme un expérimentateur ? Ta musique vise-t-elle à faire évoluer le rap ou est-ce juste ta façon naturelle de faire du hip hop ?

Je considère mon approche comme un retour à ce qui a été fait au milieu des années 80. Mais je me considère aussi comme quelqu'un d'ouvert, qui pense que l'on peut tout faire du hip hop. Je ne pense pas pour autant nécessairement réaliser quelque chose qui n'a jamais été fait. Je veux voir le hip hop avancer, mais je souhaite aussi préserver ses traditions.

J'ai noté aussi des tas de détails amusants dans tes paroles (cette histoire de Jésus téléchargé, ces DJs stupides qui donneraient leur bras droit pour être ambidextres) et tes vers sont souvent étranges et éminemment poétiques (sur 'Sleep Apnoea' par exemple). Comment ça te vient à l'esprit ?

Je passe l'essentiel du temps où je suis éveillé à méditer sur les mots, c'est mon obsession. J'adore sculpter les mots. Je considère les mots comme des touches de peinture, plutôt que comme un instrument de percussion, comme certains MC's. La plupart de mes meilleurs textes ont été écrits dans un état lucide, de transe presque, que je ne peux pas vraiment expliquer. Des fois, je me réveille au milieu de la nuit, et je me mets à écrire frénétiquement. "Sleep Apnoea" a été écrit en cinq minutes, quasiment en écriture automatique. Et je tiens à dire que je n'ai jamais pris de drogues.

A en juger par plusieurs de tes morceaux, tu es un grand amateur de base-ball. C'est un sport peu connu en Europe. As-tu des argument pour nous convaincre à quel point ce sport est grand ?

Le base-ball est un sport qui demande beaucoup de stratégie, mais aussi de la vitesse, de la force et de la grâce. Il y a une grande part de romance et de tradition dans ce jeu.

J'ai organisé un jeu sur mon webzine. J'ai demandé à mes visiteurs la relation entre Buck 65 et Amanda Lear. Certains m'ont dit que vous aviez tous deux de longues jambes, un autre que vous étiez des travelos (??!!?). Et finalement, quelqu'un a eu la réponse. Aurais-tu répondu correctement ?

J'aurais immédiatement fait le rapprochement...

La réponse est que tu as fait une reprise de Roxy Music sur Vertex. Ce titre vient de For your Pleasure, un album avec Amanda Lear en couverture. Ca n'est pas très commun pour un artiste hip hop de reprendre de tels artistes. Brian Eno est-il ton idôle ? Ou est-ce juste pour cette chanson ?

...tout ce qu'a fait Roxy Music me plaît beaucoup. Toute leur esthétique est géniale. J'ai découvert Roxy Music par "In every Dream Home A Heartache". J'ai tout de suite pensé que ces paroles étaient parmi les meilleures que j'ai entendues. J'ai voulu rendre hommage à cela. Brian Eno est vraiment un génie. Ca me plait m'imaginer qu'il m'aimerait bien. Peut-être que j'essaie juste d'attirer son attention.

Il y a le sample d'un film français sur Vertex, mais je ne l'ai pas reconnu. Qu'est-ce que c'était ?

Si tu penses à l'extrait de Slow Drama, c'est une traduction française d'un livre d'Edgar Allan Poe, qui sort d'un disque de ma collection. J'adore le cinéma français, à propos.

Au fait, tu parles peut-être Français, en tant que canadien. J'espère que je ne perds pas mon temps inutilement à préparer cet interview dans une langue qui n'est pas la mienne...

Je parle un peu Français, en effet. Mais pas aussi bien que tu parles Anglais. C'est donc peut-être la meilleure manière de procéder. Merci de faire l'effort.

Finissons par les trois questions standard que les intervieweurs français posent toujours aux rappeurs nord-américains. Tout d'abord, a-t-on une chance de te voir ici, toi et tes potes, à court ou moyen terme ?

Je serai en Europe (y compris en France) l'hiver prochain, et j'ai hâte d'y être.

La plupart de nos compatriotes ne comprennent pas les paroles en Anglais : penses-tu qu'ils peuvent apprécier ta musique autant que des Nord-Américains ?

Honnêtement, je ne pense qu'à moi quand j'enregistre mes disques. Mais j'aime me dire que des gens vont écouter avec attention. J'adore la musique instrumentale, et j'inclus toujours des tas de musiques sans paroles du tout à mes disques. En plus, je ne rappe jamais vite, donc peut-être que des gens avec un mauvais anglais ont une petite chance de comprendre.

Enfin, connais-tu le hip hop français ?

Je connais beaucoup de rap franco-canadien et une partie de celui-ci est pas mal. J'ai entendu quelques trucs français, mais je dois avouer que j'ai des goûts très particuliers en matière de hip hop. Il y a plein de trucs américains que je n'aime pas non plus. J'aime bien les premiers trucs de Solaar. Mais je ne connais pas autant que je voudrais. Avec un peu de chance, quelqu'un pourra m'apprendre quand je viendrai ici.

Un message ou une déclaration particulière pour terminer cette interview ?

Je souhaite juste que chacun connaisse son histoire, respecte les pionniers, n'oublie jamais les b-boys et les graffeurs, lise des livres, regarde de vieux films, et reste ouvert...

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