LIL WAYNE - The Dedication 2

Dedication 2, en 2006, fut une étape décisive dans la longue et la palpitante épopée de la mixtape rap, que nous vous avons contée dans l'un de nos livres. Celle-ci, en effet, fut traitée comme l'égale d'un album : elle fut assemblée avec soin par DJ Drama, elle comptait des invités de prestige (en plus des protégés du rappeur Curren$y et Mack Maine, apparaissaient Pharrell, T.I., Juelz Santana, Freeway, Remy Ma…), elle fut largement chroniquée par la presse, elle figura en bonne place dans les classements de fin d'année de la critique, et même dans celui du Billboard, et elle fut distribuée en boutique comme n'importe quel CD normal. C'est peut-être même pour cela, parce que jamais une mixtape n'avait été autant exposée, que la police ferait un raid chez DJ Drama début 2007, qu'elle l'arrêterait et saisirait ses CDs, lançant sans le savoir une nouvelle ère faste pour le rap : celle de la mixtape distribuée sur le Web, celle pendant laquelle certains de ses plus grandes œuvres furent disponibles gratuitement sur Internet.

LIL WAYNE - The Dedication 2

Mais Dedication 2 fut aussi, et avant tout, un épisode primordial de la carrière de Lil Wayne. Elle fut le moment où, juste après un album très réussi, Tha Carter II, le petit rappeur à la voix de grenouille devenait le plus important du monde. Sur cette mixtape, il achevait de convaincre les sceptiques, et cela grâce à deux arguments décisifs. Tout d'abord, il y avait son aisance verbale, qui donnait lieu à un vrai festival de créativité lexicale, à un jaillissement ébouriffant d'humour et d'associations d'idées loufoques. Avec lui, le rap était plus que jamais une compétition, un sport (il filait la métaphore sur "SportsCenter", qui se présentait comme un match de tennis "lyrical"), une discipline presque physique dont il sortait grand vainqueur.

Il n'y avait plus matière à douter de Lil Wayne selon ce vieux critère d'appréciation : les compétences rapologiques. Grâce à elles, quelques inédits mis à part, il s'appropriait des tubes, principalement ceux de son Sud natal, des morceaux signés par Outkast, T.I., Three 6 Mafia, UGK, Field Mob, Ludacris, Rick Ross, Dem Franchise Boyz, Young Buck et les Purple Ribbon Al Stars, le collectif formé par Big Boi et Killer Mike. Mais il se montrait plus universel encore, en s'exprimant sur des titres de 2Pac et de Notorious B.I.G., en recyclant les sons de Jay-Z, de Dipset, de Sunz of Man, voire ceux issu d'un univers plus underground, celui de 9th Wonder et de Little Brother. Il se les accaparait, avec un succès tel que les auditeurs les connaîtraient parfois autant pour des morceaux de Lil Wayne, que pour ceux de ses auteurs originaux.

L'autre élément qui retint l'attention, c'est le contenu du dernier titre de la mixtape. Sur le gros de Dedication 2, Lil Wayne ne faisait encore que s'adonner au rap hédoniste et inconséquent typique de Cash Money. C'était une longue série d'égo-trips où il était question de filles, de sexe, de drogues récréatives, d'argent, de marques de luxe et de flingues, où seules la forme et la créativité importaient. Mais sur "Georgia... Bush", le natif de la Nouvelle-Orléans se muait en commentateur social. Bien avant que, rappeur sur le déclin, il ne pose l'air hagard auprès de Donald Trump, Lil Wayne s'en prenait à son prédécesseur George Bush, qu'il accusait d'avoir abandonné un an plus tôt les quartiers de sa ville, La Nouvelle-Orléans, à la furie de Katrina. Il est fait référence au terrible ouragan plusieurs fois avant sur la mixtape, mais avec "Georgia... Bush", il devient le cœur du sujet, le rappeur accusant l'administration d'alors de négligence, voire, dans un élan complotiste, d'agression délibérée envers les quartiers pauvres de sa ville.

I don't think I'm better than anybody personally. I don't think I'm better than anybody spiritually. I don't think I'm better than anybody in any way, form or fashion. But as far as this rap thing, I think I am better than everybody.

Ainsi s'exprimait Weezy sur "I’m the Best Rapper Alive", revenant sur ses prétentions passées, celles d'être le plus grand des rappeurs. "Je ne pense pas être meilleur que qui que ce soit personnellement", disait-il. "Je ne pense pas être meilleur que qui que ce soit spirituellement. Je ne pense pas être meilleur que qui que ce soit de quelque manière, forme ou façon que ce soit. Mais en ce qui concerne le rap, je pense être meilleur que tout le monde". Dont acte.

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