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POUYA - Five Five

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C'est donc tout un monde parallèle qui s'est développé ces dernières années sur les réseaux sociaux. Pendant un certain temps, il a su se passer des canaux habituels d'information et de légitimation du rap, jusqu'à ce qu'il soit identifié à son tour, puis étiqueté sous l'appellation de Soundcloud rap. Kevin Pouya (oui, c'est son vrai nom, ce garçon de Miami étant d'origine iranienne), a été un représentant de cette tendance. Il est même un cas d'école, puisqu'il a commencé à se faire connaître avec des vidéos idiotes, postées en ligne avec son pote Fat Nick, avant de passer au rap, de devenir visible en 2013 et 2014 avec les titres "Get Buck" et "Straight Up", et d'être repéré par un autre Floridien, Robb Bank$, membre d'un Raider Klan qui aura été pionnier dans cette approche centrée sur le Web. Ont suivi des collaborations avec d'autres figures de la même obédience comme $uicideboy$ et Ghostmane, et puis cette année, graal ultime, avec Juicy J.

POUYA - Five Five

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Il y a quelques mois, toutefois, Pouya s'est élevé au-dessus du panier : en plus de singles efficaces, il a su sortir un album bien construit. Five Five (il s'agit de sa taille : avec ses 5 pieds et 5 pouces, soit 1 mètre 65, Pouya n'est pas très grand...), est considéré par beaucoup comme un progrès par rapport à son prédécesseur de 1996, Underground Underdog. Il est court, ramassé et solide, grâce au seul homme qui en assure la production, Mikey the Magician, lequel passe sans anicroche de sons modernes à d'autres, plus évocateurs des années 90. Cette régularité, on la doit aussi à la présence d'un seul rappeur (si l'on omet une contribution de Night Lovell sur "Don't Bang My Line"). C'est en effet le même phrasé, celui de Pouya, que l'on entend partout, un phrasé souvent chantonnant, comme attendu de la part d'un rappeur si influencé par Bone Thugs-n-Harmony que Baby Bone fut le nom de son premier projet, ainsi que son autre pseudonyme.

La constance de Five Five tient aussi à son thème. Derrière l'agressivité de titres redoutables comme "Back Off Me", l'album tourne autour des angoisses et des insécurités de Pouya. Dès le premier titre, "Aftershock", il se réfère discrètement aux affres de la célébrité. Même chose sur "Void", le suivant, où il remarque être poursuivi par les mêmes filles que celles qui le méprisaient quand il n'était rien. Cette paranoïa, cette défiance envers les faux amis, s'expriment aussi derrière les allures fières de "Handshakes", ainsi que sur "Voices". Dans une suite à l'un de ses premier titres, le finale magistral "Suicidal Thoughts in the Back of the Cadilac", le rappeur a des pensées funestes. Et il devient fleur bleue sur "Daddy Issues" et "Weighing on Me", des chansons d'amour vulnérables inattendues chez celui qui, il y a quelques mois, était accusé par une groupie de l'avoir violée en bande...

Au bout du compte, Pouya exprime sur Five Five tous les états émotionnels d'un teenager. Il a ces thèmes et cet esprit adolescents qui, en toute vraisemblance, fondent une bonne part du succès rencontré aujourd'hui par les soundcloud rappers, mais packagés avec un soin dont ils ne sont pas tous aussi coutumiers.

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