Fake For Real

Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
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DENZEL CURRY - ZUU

, 18:22

Depuis des lustres, on nous promet la mort de l'album. Le CD devait désacraliser ce format, le MP3 le rendre obsolète. Et maintenant c'est le streaming qui est censé lui donner le coup de grâce. Mais en réalité, rien ne change. Les gens qui ne s'intéressent qu'aux singles continuent à les privilégier. Et ceux qui préfèrent une immersion plus intense dans l'univers d'un artiste, optent encore et toujours pour la longueur. En réalité, en affranchissant les albums d'une durée minimale ou maximale, comme le faisaient les supports musicaux d'antan, le streaming aurait même tendance à en rétablir l'impact et la pertinence. Si certains continuent à opter pour des durées longues d'une heure et plus, d'autres au contraire vont lâcher tout ce qu'ils ont sur un temps plus dense et raisonnable, évitant ainsi la facilité du remplissage. Tel a été le cas de Denzel Curry sur son dernier opus, ZUU.

DENZEL CURRY - ZUU

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TRINA - Diamond Princess

, 22:54

A la fin des années 90, après le triomphe du dirty rap des New-yorkaises Lil' Kim et Foxy Brown, il était temps que ce hip-hop à forte teneur pornographique revienne chez lui, en Floride. C'est donc en toute logique sur les terres du 2 Live Crew qu'une autre rappeuse pousserait à son comble cette formule désormais éprouvée : un joli minois, une grande gueule, des propos salaces, un goût prononcé pour le lucre, une attitude insolente de femme dominatrice et une indéniable aisance verbale. A tout cela, depuis son apparition avec Trick Daddy sur le single "Nann Nigga", Katrina Taylor ajoutait un humour plus tranché encore, une voix de vilaine fille et les rythmes sautillants qui ont toujours convenu au rap de Miami. En l'an 2000, parée de ces atouts irrésistible, celle qui se présentait comme la salope la plus bonne (Da Baddest Bitch, s'intitulait en effet son premier album et futur disque de platine), lançait une des carrières les plus durables du rap féminin.

TRINA - Diamond Princess

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POUYA - Five Five

, 22:12

C'est donc tout un monde parallèle qui s'est développé ces dernières années sur les réseaux sociaux. Pendant un certain temps, il a su se passer des canaux habituels d'information et de légitimation du rap, jusqu'à ce qu'il soit identifié à son tour, puis étiqueté sous l'appellation de Soundcloud rap. Kevin Pouya (oui, c'est son vrai nom, ce garçon de Miami étant d'origine iranienne), a été un représentant de cette tendance. Il est même un cas d'école, puisqu'il a commencé à se faire connaître avec des vidéos idiotes, postées en ligne avec son pote Fat Nick, avant de passer au rap, de devenir visible en 2013 et 2014 avec les titres "Get Buck" et "Straight Up", et d'être repéré par un autre Floridien, Robb Bank$, membre d'un Raider Klan qui aura été pionnier dans cette approche centrée sur le Web. Ont suivi des collaborations avec d'autres figures de la même obédience comme $uicideboy$ et Ghostmane, et puis cette année, graal ultime, avec Juicy J.

POUYA - Five Five

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RICK ROSS - Port of Miami

, 22:37

Avant l'an 2000, il n'y avait qu'un Rick Ross : Ricky Donnell "Freeway Rick" Ross, un trafiquant notoire qui avait construit un empire de la drogue à Los Angeles. Mais après, il y en eut un autre, plus célèbre encore. William Leonard Roberts II, lui, était établi à Miami, et il était rappeur. Bien entendu, cette homonymie n'avait rien d'un hasard. Le second avait emprunté son surnom au premier, qui lui intentera un procès. Il l'avait fait pour appuyer son propos, pour mettre l'accent sur un thème qui ne se résumerait qu'à une chose : le commerce de la drogue et ses à-côtés supposés, le luxe et la volupté. Ce sujet serait celui de son premier single, l'énorme "Hustlin'". Il serait aussi celui de l'album à suivre, Port of Miami, un début tonitruant qui, avec l'appui de Def Jam, serait numéro un aux Etats-Unis.

RICK ROSS - Port of Miami

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DENZEL CURRY - Imperial

, 23:12

S'il existe aujourd'hui un Internet rap, il faut en trouver la source dans l'émergence d'une poignée de collectifs prolifiques et tentaculaires à l'orée des années 2010. Odd Future est l'un d'eux, bien sûr, de même que le Raider Klan. Or, il se trouve que Denzel Curry est apparu avec le second, et qu'il a bénéficié de la bienveillance du premier, plus particulièrement celle d'Earl Sweatshirt. Même s'ils se sont émancipés de leurs mentors d'origine (Curry, par exemple, s'est embrouillé avec SpaceGhostPurrp), tous ces gens ont toujours beaucoup en commun : quelles que soient leurs provenances, ils se sont accaparé la musique, les codes et la posture nihiliste du rap sudiste en général, depuis celui développé à Memphis autour de 1995, jusqu'au style trap de la décennie 2000. Mais ils savent aussi défendre un rap lyrical, engagé et signifiant, celui qu'apprécient les fans vieillissant, les nostalgiques des années 90 et ceux qui, amateurs de rock inclus, considèrent que le rap doit avoir certaines ambitions ou velléités artistiques.

DENZEL CURRY - Imperial

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SPACEGHOSTPURRP - Nasa: The Mixtape

, 23:25

Le Raider Klan n'aurait pas existé sans Internet. C'est grâce à cet outil qu'a pu se rassembler ce collectif centré sur Miami, mais représenté aussi à Memphis (Xavier Wulf, Chris Travis), Houston (Amber London), Seattle (Key Nyata), New-York (Grandmilly) et Richmond (Lil Ugly Mane). C'est aussi par le Web, et par la sortie à outrance de mixtapes gratuites, que ce groupe de rappeurs s'est fait connaître et a pu fédérer un public de passionné. Et c'est par lui, enfin, qu'ils ont pu imposer leur approche alternative du hip-hop, basée sur une relecture du rap de la décennie 90. Mais attention, pas n'importe quel rap, pas le boom bap généralement associé à ces années là. Non, le Raider Klan préférait alors explorer des scènes régionales alors marginales, quoique très influentes plus tard : le rap funèbre et noir de Memphis, ou bien les sons lourds et alanguis popularisés par DJ Screw à Houston.

SPACEGHOSTPURRP - Nasa: The Mixtape

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RICK ROSS - Deeper than Rap

, 23:29

En 2008, Rick Ross allait devenir un objet de railleries, quand circulerait une photo datant du milieu des années 90, qui le montrait en uniforme de maton. Ce rappeur, qui aimait tant se mettre en scène dans les habits d'un baron de la drogue, celui même qui avait volé son pseudo au gros bonnet "Freeway" Rick Ross, avait donc été un agent de la loi. Cet épisode allait déclencher la vindicte des défenseurs les plus fervents de l'authenticité dans le rap, notamment 50 Cent, qui s'engagerait dans un long beef avec lui. L'année d'après, pourtant, c'était bel et bien le gros barbu de Miami qui triomphait, quand il sortait son troisième album sur le label qu'il venait de créer, Maybach Music Group. L'ambitieusement titré Deeper than Rap, en effet, sera souvent considéré comme son grand disque.

RICK ROSS - Deeper than Rap

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YUNG SIMMIE - Yung Smokey

, 19:45

Le Raider Klan bouge encore. Le collectif, qui avait été l'une des sensations du début des années 2010 avec sa musique qui réinvestissait le son du Memphis rap de la décennie 90, n'est plus au centre des attentions, mais les artistes qui lui sont affiliés continuent de sortir des projets, certains de tout premier choix. C'est le cas d'Andrew Thomas, alias Yung Simmie, rappeur des alentours de Miami, le centre de gravité du Klan. Sorti au tout début 2015, son Yung Smokey, une collaboration avec DJ Smokey, a été sans doute, la première mixtape importante de l'année.

YUNG SIMMIE - Yung Smokey

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RICK ROSS - Ashes to Ashes

, 23:25

L'année 2010 a été particulièrement riche en pour Rick Ross. Elle a été son apogée, en quelque sorte, avec la sortie d'un album, Teflon Don, et de deux mixtapes de premier choix, le Albert Anastasia EP, et puis Ashes to Ashes. Tous étaient marqués par la contribution du producteur le plus en vue de l'année, Lex Luger, et les deux mixtapes étaient à la hauteur de disques officiels, tant par le contenu, que par la qualité de l'enregistrement. Peut-être, pour être juste, faut-il préciser que le second projet, sorti au moment de Noël, se montrait au-dessous de son retentissant prédécesseur. Mais il avait aussi quelques atouts précieux.

RICK ROSS - Ashes to Ashes

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RICK ROSS - The Albert Anastasia EP

, 23:19

Le meilleur de Rick Ross n'est peut-être pas sur ses albums officiels. Sa sortie la plus mémorable, en effet, pourrait bien être son Forever Rich de 2012, en fait la mixtape annonciatrice d'un opus, God Forgives, I Don't, qui s'est finalement révélé bien moins convaincant qu'elle. Deux années plus tôt, le gros barbu de Miami nous avait déjà fait plus ou moins le même coup, en proposant un projet présenté comme un EP, mis à disposition à la manière d'une mixtape gratuite, mais en fait de qualité album (il y aura d'ailleurs une sortie CD), sans doute même supérieur à ce Teflon Don dont il n'était censé être que l'avant-goût : The Albert Anastasia EP.

RICK ROSS - The Albert Anastasia EP

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GUNPLAY - Acquitted

, 23:00

Le rap est le nouveau rock'n'roll. Mieux, il a été le nouveau rock'n'roll infiniment plus longtemps que le rock'n'roll lui-même. Il l'est depuis la fin des années 80, au moins. Et ça continue aujourd'hui encore. Regardons la réalité en face : quelle autre musique est capable de nous proposer de nos jours un énergumène tel que Gunplay ? Un type qui s'est trouvé empêtré dans une sombre affaire d'agression armée et qui, une fois relâché, et seulement parce que sa victime a refusé de donner suite (il n'y a aucun doute sur la véracité des faits), sort une mixtape qu'il intitule effrontément "acquitté", claironnant avec fierté sa passion pour les armes et les drogues. Un rappeur qui, en plus de ses frasques et de tout ce tintamarre, se montre immensément charismatique et musicalement bon. Tellement bon.

GUNPLAY - Acquitted

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GUNPLAY - Bogota Rich: The Prequel

, 14:40

Des rafales de mitraillettes à n'en plus finir, les cris perçants de femmes en panique, un synthétiseur clinquant qui avance en crescendo, des chœurs guerriers, le tout sur un volume à s'en déchirer les tympans. Et puis surtout, la voix éraillée et enragée d'un Gunplay qui rappe d'un seul souffle, comme si c'était son dernier jour. Que ceux qui pensaient que le rappeur avait atteint le summum de la brutalité avec Inglorious Bastard, en 2011, mangent leur chapeau. "Jump Out" est un titre de fou furieux, il va plus loin encore que ce que vous avez pu entendre.

GUNPLAY & DJ HOLIDAY - Bogota Rich: The Prequel

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RICK ROSS - Rich Forever

, 23:55

On ne croyait pas si bien dire, en affirmant que les mixtapes gratuites, distribuées aujourd'hui à foison par les rappeurs, étaient parfois bien supérieures à leurs disques destinés au commerce. Rick Ross l'a confirmé, en tout début d'année 2012, avec un Rich Forever qui devait nous mettre en appétit avant la sortie d'un nouvel album, God Forgives, I Don't (chouette titre, au passage), mais qui s'est avéré nettement supérieur à lui, au bout du compte. Certains ont même estimé qu'il était le sommet de la carrière du Floridien, son œuvre la plus aboutie.

RICK ROSS - Rich Forever

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GUNPLAY - Inglorious Bastard

, 23:10

Une mine patibulaire, une allure de brute épaisse, une tenue de soldat, un char d'assaut, des têtes de mort et un paysage de désolation, le tout présenté par un protégé de Rick Ross dont la première apparition vidéo s'était faite devant une montagne de cocaïne. Une double référence à des films de nazis dans le titre, ainsi qu'une croix gammée (l'intéressé en aurait même tatoué une sur son corps…). Les paroles les plus outrancières possibles beuglées sans pause sur des synthétiseurs sales et grossiers. Yeah, vous l'aurez deviné : Gunplay n'a pas fait dans la finesse avec son Inglorious Bastard (The Prelude to Valkyrie). Et c'est tant mieux.

GUNPLAY & DJ FLETCH - Inglorious Bastard

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SPACEGHOSTPURRP - Mysterious Phonk

, 08:15

Après Odd Future, le Raider Klan. Après Tyler, the Creator, voici donc SpaceGhostPurrp. Le parallèle s'impose. Ceux-là ont beau être Floridiens plutôt que Californiens (en tout cas pour la plupart), voici un autre collectif tentaculaire qui s'est fait un nom sur le Web en multipliant les mixtapes enregistrées à l'arrache, mais à l'imagerie forte. Voilà une nouvelle sensation qui déborde les frontières du rap, au point d'être signée chez l'institution indie rock 4AD. Voici un disque qui, comme Goblin l'an passé, était attendu au tournant et suscite une pluie de critiques contradictoires, les uns adorant, les autres hurlant à la supercherie.

SPACEGHOSTPURRP - Mysterious Phonk

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BEN WESTHOFF - Dirty South

, 22:30

En 2011, le journaliste Ben Westhoff a publié un livre sur le rap du Sud, intitulé Dirty South, selon le terme communément employé pour le désigner. L’initiative, pourtant, n’était pas neuve. Quatre ans plus tôt, seulement, Roni Sarig avait sorti Third Coast, un ouvrage plus complet, plus fouillé et plus détaillé sur cette scène, ou plutôt cette constellation de scènes, qui a commencé à dominer la production hip-hop américaine au moment même où l’on entrait dans le nouveau siècle.

BEN WESTHOFF - Dirty South

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RONI SARIG - Third Coast

, 17:59

La confrontation entre les côtes Est et Ouest américaines a été la grande affaire du rap dans les années 90, cette rivalité a été son moteur. Le gagnant, cependant, n'a été aucun des deux protagonistes. Au tournant de l'an 2000, une autre scène tirait finalement son épingle du jeu. Ou plutôt, une multitude de scènes, éparpillées au Sud, dans les anciens Etats esclavagistes, sur ce que l'écrivain et journaliste Roni Sarig a appelé, dans un ouvrage de référence, la Troisième Côte.

RONI SARIG - Third Coast

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2 LIVE CREW - As Nasty As They Wanna Be

, 22:43

Nul album rap ne s'est exposé plus facilement à la critique que ce disque multi-platiné du 2 Live Crew. Il était même du pain béni pour les bien-pensants et les contempteurs du hip-hop. Certains ont reproché au rap sa misogynie et ses messages irresponsables ? Voici un disque qui ne s'intéressait strictement qu'à une seule chose, ce que les femmes ont sous la ceinture, qui les affublait de tous les noms, qui transformait l'égo-trip habituel du rap en un étalage de performances sexuelles, en un concours de celui qui a la plus longue, littéralement, et qui partait à n'en plus finir dans des longs délires pornographique, devenant le premier album banni pour obscénité de l'histoire de la musique américaine, entrainant des vendeurs de disques en prison et le groupe dans une suite de procès sans fin.

2 LIVE CREW - As Nasty As They Wanna Be

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RIDDLORE, AKIN, DREYF - 21 Sound Bar - 26 novembre 2008

, 22:15

Ce soir, ce n'était pas comme d'habitude au 21 : le bar était bondé, ça débordait même dans la rue adjacente, et certains, différents des habitués, ressemblaient pour de bon à des fans de rap. Ce public, d'ailleurs, on lui demandera plus tard de lever les bras et de faire du bruit, comme il se doit pour tout amateur de hip-hop. Il faut dire que l'affiche différait des autres fois. Avec un rappeur français, un MC "conscient" venu de Floride et un virtuose du mic issu du Project Blowed, on brassait large. On allait bien au-delà du rap indé habituel, et des artistes du gouffre en provenance de la foisonnante mais méconnue scène canadienne.

RIDDLORE, AKIN, DREYF - 21 Sound Bar - 26 novembre 2008

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CYNE - Time Being

, 21:28

Normalement, ce registre de rap est mortellement ennuyeux. Rien de plus lassant, en effet, qu'une brochette de rappeurs engagés et bien-pensant qui déclament leurs prêchiprêchas convenus sur des beats mollassons. Pourtant à Miami, chez Botanica del Jibaro, la formule convainquait. Sans doute parce que ses artistes, très proches de la scène électronique locale, ne plaçaient pas toutes leurs forces dans les textes, qu’ils comprenaient très bien ce qu'était un son, une composition.

CYNE - Time Being

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