Bread Winners' Association :: 2014 :: télécharger la mixtape

C'est donc le Kevin Gates que l'on aime qui, une nouvelle fois, s'exprime sur Luca Brasi 2. Celui qui parvient à concilier ce qui, il y a quelques années encore, avant que son comparse Starlito, Future, et quelques autres ne changent les règles du jeu, semblait inconciliable : des histoires de crime, de drogue et de rue ("John Gotti", "Sit Down", "Talk On Phones", "Don’t Panic"), et une exhibition de ses failles intimes ("Perfect Imperfection", "In My Feelings") ; des hymnes trap retentissants, et des morceaux plus vulnérables ; du rap agressif et assuré, et de jolies mélodies chantonnées ; une voix pleine et sonore, et une autre éraillée, cassée, très douloureuse ; des chansons pour les femmes, où le crime n'est jamais loin (sur "Plug Daughter", il couche avec la fille de son dealer), et où il n'y a plus de distinction entre pornographie et amour fleur bleue ("Wassup With It", et ce "Wild Ride" où le rappeur invite sa partenaire à considérer un plan à trois).

Kevin Gates est tout à la fois. Comme il le précise donc sur "I Don't Get Tired", il se donne à fond, simultanément, dans 6 métiers. Et ce stakhanovisme lui réussit encore, en particulier dans le premier tiers de la mixtape, quand, avec cet "I Don't Get Tired", mais aussi "John Gotti", "Perfect Imperfection", et plus encore "Out the Mud", il enchaine les tubes. Et si la suite n'est plus aussi homogène, Kevin Gates y frappe tout de même fort, à maintes reprises, avec ce "Complaining" qui nous fait aimer les chants R&B de Rico Love, le paranoïaque "Don’t Panic", ce "Wild Ride" où le rappeur passe par tous ses registres vocaux et le finale "Making Love". Au bout du compte, avec cette quatrième grande mixtape en deux ans, Kevin Gates en est arrivé à un stade que très peu atteignent : celle des valeurs sûres, celle des gens dont on sait avec certitude que, quoi qu'ils sortent, ce sera toujours bien.