ALLEY BOY - Purgatory

Si un jour, on s'interroge sur ce qui a été le grand moment de la carrière d'Alley Boy, il se pourrait bien que la réponse soit 2011. Ce fut en tout cas l'année de son ascension, après sa première apparition dans l'ombre de son voisin de la Zone 6, Gucci Mane, sur Chicken Talk 2 (2008), et juste avant des projets mieux exposés, comme ce The Gift of Discernment (2012), qui pour beaucoup, notamment en France, fut celui de la révélation. En 2011, surtout, le rappeur d'Atlanta sortit deux grandes mixtapes : le second numéro de son Definition of F#ck Sh*t, déjà abordé sur ces pages, et puis, plus tôt dans l'année, de nombreux mois après qu'il ait été annoncé, le projet Purgatory: The Story of Judas, sous le patronage de DJ Drama.

ALLEY BOY - Purgatory

Dans une pure tradition sudiste, le titre respire la Bible et la religiosité, il sent à plein nez l'histoire éternelle du pécheur en quête de rédemption. Et pour cause, ce purgatoire auquel Alley Boy a appartenu, à savoir le ghetto, cette jungle urbaine où le bon peut parfois côtoyer le pire, où l'on peut se perdre comme s'en évader, le rappeur l'a connu pour de bon, qui a eu un long passif de dealer avant de percer dans le rap, et dont la mère, crackomane, est morte de son addiction. Alors que certains chercheront à mettre en scène ces histoires glauques liées à la drogue et à la rue, Alley Boy les a expérimentées pour de vrai, ce n'est pas du chiqué.

D’où, sans doute, pour aller avec ses contes de rue, avec cet exposé des luttes, des frustrations et des aspirations quotidiennes de petit criminel, une puissance viscérale, plus prononcée encore chez lui que chez tout autre rappeur de type trap (et soulignée par tant de bruit de détonations et de cri barbares qu'on approche de la cacophonie). D’où cette urgence qui fait la différence, qui distingue Alley Boy de cette multitude des rappeurs qui, à Atlanta, cherchent à se faire un nom dans un style désormais ultra balisé. C'est ça, qui fait la force de ses hymnes.

Ca, ainsi qu'une certaine dose de mélodies, destinées à souligner ses états d'âmes de thug, distillées via les refrains chantés (par Alley Boy lui-même ou par d'autres) de "Lowdown", "Spray", "Damn Right", "I Wish", "Trust Issues", "True Story", "Everyday Routine", "Lift the Load", et "I Don't Wanna", avec Gucci Mane, ou via la petite musique qui sublime l'excellent "Payback", avec son compère Trouble.

Ca, et ce qu'il faut de variations, comme ce "Gangsta Hustla" au xylophone, ce "Pocket Full of Money" à la mode Blaxploitation, cet "Alright" au refrain R&B, ce "Friendship Ends" funky, ou bien ce "Double Up" si new-yorkais, dans les sons comme dans la prestation du rappeur invité. Ce ne sont pas toujours là les meilleurs titres de Purgatory, mais ils offrent le répit nécessaire pour que personne ne soit écœuré par cette formule, ailleurs si fortement et si intensément trap.

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Commentaires 2

  • J'y suis tombé dessus un peu par hasard mais sauf erreur, la 1ère apparition d'Alley Boy remonterait en fait à 2001 sur l'album ATL Finest Slicka de Young Shone (ils seraient cousins). Il serait présent sur deux morceaux Onna Mission et No Love, Discogs en confirme un sur deux. A l'écoute, c'est pas évident de le reconnaitre.
    https://www.discogs.com/fr/Young-Sh...

    Par Lex_lugor

  • @Lex_lugor : Ouah, tu es allé loin dans la mine. Je n'avais aucune idée qu'il avait pu démarrer aussi tôt. En même temps, c'est logique, il avait alors déjà 20 ans. Il aurait été curieux qu'il commence à rapper à 27 ans.

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