THA BLUE HERB - Total

Tha Blue Herb prend son temps. A chaque fois, quatre ou cinq années s'écoulent d'un album à l'autre, un temps que le groupe nippon met souvent à profit pour peaufiner ses disques, mais aussi pour réinventer sa musique. En 2012, pourtant, Total se montrait formellement assez proche du précédent, Life Story, sorti en 2007. Comme avec ce dernier, on sentait l'influence des autres passions musicales du rappeur Ill-bosstino, l'électronique downtempo et la deep house, des genres qu'il a exploré autrefois avec son projet parallèle, Herbest Moon.

THA BLUE HERB - Total

Les Japonais y privilégiaient une fois encore des titres longs (une bonne moitié allaient au-delà des cinq minutes), construits par le producteur O.N.O. sur des sons élégiaques, évaporés et délicats, mais assez répétitifs, et variant très progressivement. L'héritage house était présent sur presque tous les morceaux, avec en plus un brin de dub pour certains, comme "Stand on the Word". Et par dessus tout cela, Ill-bosstino déroulait son rap particulier. Sans renoncer pour autant à jouer avec le beat, il s'adaptait aux contraintes de sa langue, réputée moins plastique que l'anglais et moins ouverte au rythme, en optant pour un mode conversationnel.

La formule musicale était donc strictement la même qu'avec Life Story. Cependant, avec Total, Tha Blue Herb marquait un certain retour au rap pur et dur, avec un ton plus mordant, et une bonne dose d'engagement social, quand le rappeur décrivait son parcours pas toujours facile sur "Tha North Face", quand il donnait dans la politique sur "Get Ready", sur une musique trompeusement paisible, quand il s'attaquait à l'industrie de la musique sur le splendide "Unforgiven", ainsi que sur "Lost of Music Business", ou encore quand, sur "Nuclear Damn", un titre bonus écrit après l'apocalypse de Fukushima, il se prononçait contre le nucléaire.

Le disque, toutefois, n'était pas uniformément noir. Le rappeur en appelait aussi à un avenir meilleur sur le magnifique "Brighter". Et sur "Saturday Night, Sunday Morning & Afternoon", il rendait hommage au plaisir simple des weekends festifs. Enfin, en bon MC, et toujours animé d'une volonté de rester fidèle aux routines du rap, Ill-Boss n'omettait pas de représenter sa ville, Sapporo, sur l'île nordique d'Hokkaido. Il le faisait à l'occasion de deux morceaux, le très beau "My Love Towns", et ce "We Can" où il détournait le fameux slogan d'Obama.

Sur Total, il y avait d'autres clins d'œil en anglais que celui-là. "Lost of Music Business" recyclait les paroles et la mélodie du vieux tube quasi homonyme de Sister Sledge. Et sur "Stand on the Word", Ill-Boss s'accaparait le "Typical American" des Goats, pour proclamer qu'il n'était pas un "typical japanese". Pour sûr, Tha Blue Herb n'a jamais été un groupe japonais typique. Il n'a jamais été non plus un groupe de rap typique, que ce soit à l'époque du prodigieux Stilling, Still Dreaming, ou près de 15 ans après, avec ce Total moins accompli que ses prédécesseurs, mais toujours très bon, et doté d'un finale, "Right On", rien de moins que somptueux. Maintenant, rendez-vous est pris avec le groupe en 2017, pour une nouvelle merveille rappée en japonais.

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