Roc-A-Fella :: 2001 :: acheter cet album

C'est le plus Jigga de tous, celui où le rappeur, au faîte de sa gloire, se montre tel quel : étincelant, orgueilleux, triomphant, fièrement installé sur son trône et se félicitant du chemin parcouru depuis ses années de délinquance et de galères. D'entrée, il faisait sien le mot d'ordre de Slick Rick, "The Ruler's Back". Sur le titre suivant, "Takeover", il s'acharnait sur Nas et Prodigy, deux rappeurs qu'il avait autrefois samplés, et à qui il volait maintenant leur couronne. Et la troisième plage, le très pop "H To The Izzo", était un hymne à sa réussite et à sa survie.

Jay-Z mettait en scène sa consécration. Et il le faisait seul, conviant uniquement Eminem, l'autre grande star du moment, et un trio de vétérans, Q-Tip, Slick Rick et Biz Markie, qu'il cantonnait aux chœurs. Excepté un hommage aux proches sur le très bon "The Blueprint (Momma Loves Me)", un titre sur les filles ("Girls, Girls, Girls") et un autre où il jouait les gangsters sensibles ("Song Cry"), c'est un Jay-Z plein de panache qui s'exprimait ici. Et la musique, percutante, éclatante, était dans la même tonalité. Hormis un titre produit par Timbaland, et un autre par Eminem, l'essentiel des sons étaient confiés à trois hommes alors méconnus.

Kanye West, donc, ainsi que Bink et Just Blaze, concoctaient ensemble ce qui seyait le mieux à l'empereur incontesté du rap : des samples luxuriants, gorgés d'une soul généreuse, plutôt que des synthétiseurs. Ils parachevaient ainsi un album à qui tout était offert, la bienveillance de la critique comme ce succès commercial assuré dès sa sortie, un certain 11 septembre 2001. Même en ce jour tragique, il en était au moins un, à New-York, qui n'avait rien perdu de sa superbe.