Premier fait notable : ce soir, plutôt que de livrer chacun un set, les trois emcees ont préféré faire tourner le micro et interpréter leurs titres à tour de rôle. Ce qui a l'avantage : 1, de leur laisser le temps de recharger les batteries ; 2, de rendre le tout plus digeste, de limiter en durée les moments d'ennui. Ce qui a l'inconvénient, en revanche, d'aboutir parfois à un show décousu et en manque d'intensité, d'autant plus que les styles des trois lascars s’avéraient assez nettement distincts.

Prenons Fritz tha Cat. Sans surprise pour ceux qui ont eu l'occasion d'écouter l'album très moyen d'OK Cobra, le bonhomme donne dans un rap aussi banal que carré. Heureusement, le rappeur compense par une activité débordante et par un jeu de scène - enfin, un jeu de bar - extraverti et expansif. On le voit ainsi simuler l'ivresse pendant tout un morceau, demander au public de marcher au pas pour marquer le rythme de ses refrains, faire le zouave sur le rebord de la fenêtre, déclamer tout un titre allongé par terre voire (quel punk ce Fritz tha Cat), cracher sa bière sur ceux du premier rang (bon, il s'excusera...). Toutes ses gesticulations remplissent leur rôle, elles rendent l'artiste et sa prestation sympathiques, mais ne donnent pas pour autant une envie folle d'aller acheter son album en courant.

Chez Zoen, au contraire, c'est l'introversion qui est de mise. Tant dans les jolis sons chiadés (les siens, plus quelques emprunts, par exemple chez Sigur Ros) que dans la tonalité emo rap de l'ensemble, ou dans cette voix tristounette qui rappelle Fuzati du Klub des Losers, le second degré en moins. Voilà donc un hip-hop français gentillet, sensible et intimiste, un twee rap tout en doutes, marqué par la timidité du rappeur. Mais il est vrai qu'il s'agissait là du tout premier concert de Zoen, et que l'inexpérience s'en mêle quand notre homme, troublé, oublie ses paroles, ou qu'il avoue pendant un freestyle combien le public l'impressionne.

Vu ses compagnons, et comme le laissait entrevoir sa prestation sur le DVD de soso, Bachelors' Drinking Club, il était évident que Thesis Sahib serait le clou de la soirée. Le Canadien ne paie pourtant pas de mine, avec sa petite taille, son look de redneck, sa moustache et ses cheveux longs. Et contrairement à Fritz tha Cat, il n'en fait pas des tonnes, il reste calme. Mais quand il lance son rap rapide, quand s'entend sa diction modulée, mélodique même (bien que notre homme ne chante jamais), c'est aussi bien que sur album. C'est d'ailleurs l'un d'eux, le dernier, Loved Ones, qui est à l'honneur ce soir, avec en tête le petit tube "Mud Pies".

Nous qui étions venus pour Thesis Sahib, en avons donc eu pour notre argent. Mais plus chanceux encore ont été ceux qui, trois jours plus tard, on pu revoir les mêmes au même endroit, avec en sus 2Mex et Riddlore?, rien de moins. Quand on vous dit qu’ils font des choses bien, nos amis de Submass et du 21 Sound Bar...