2MEX - B-Boys in Occupied Mexico

2Mex en 2001, c’est un peu le coeur du West Coast Underground, son point névralgique, son centre de gravité (et pas seulement à cause de son poids). Ancien du Good Life Café, affilié à Afterlife et aux Shapeshifters, membre des Visionaries et de duos avec Xololanxinxo (Of Mexican Descent), Mum’s the Word (Mindclouders) et Murs (Brainbusters), le gros Mexicain au flow haletant et saccadé était partout. B-Boys in Occupied Mexico, son disque le plus emblématique, est le fruit même de cette omniprésence. Sur cet album produit entre autres par les trois beatmakers les plus éminents du coin (Mum’s, Nobody et Omid), 2Mex s’essayait à tous les styles possibles abordés par le passé ou à l’avenir par cette scène rap californienne.

2MEX - B-Boys in Occupied Mexico

Sur B-Boys in Occupied Mexico, 2Mex livrait en pagaille de jolis morceaux de hip-hop à guitare ("Humble is the Style of the Day", "Across & Down", "Love You the Same"), du rap à la sauce chili déclamé en espagnol ("Control Mexica"), de la chronique sociale ("The Truth"), un hommage aux percussionistes ("Percussion Precaution"), une sorte d'Oulipo rap (un "M the Memo" composé exclusivement de mots commençant par "m") et d’autres exercices de style encore ("Making Money off God" avec un autre virtuose des mots, Busdriver). Il donnait ici dans la nu-soul ("Wonderful Memories"), là dans un rap emo ("I didn’t Mean to Touch your Hand", "Love You the Same"), ailleurs dans l’étrangeté indianisante ("The Believe in Yourself Song"). Et bien sûr, il commençait tout cela par à un hymne à sa bonne ville de Los Angeles et à toute la clique rap des environs, de Jurassic 5 au Hip Hop Kclan, en passant par Black Eyed Peas ("L.A.").

Cette diversité, c'était aussi son point faible. Pour cette première sortie convenablement produite et distribuée, 2Mex semblait vouloir signer un manifeste, faire étalage de tous ses talents. Il livrait une compilation, une carte de visite, en attendant l’œuvre plus substantielle qui viendrait ensuite. Malheureusement, celle-ci n’est jamais apparue. Le rappeur a sorti des disques de plus en plus remarqués, de mieux en mieux distribués, mais de moins en moins bons. Des années après, B-Boys in Occupied Mexico demeure son disque le plus abouti. Pas un classique, mais un must-have, avec des passages forts comme l’halluciné "Offering", le repentir amoureux sous mégaphone de "I didn’t Mean to Touch your Hand", le joli "Love You the Same" et la fin épique de la "The Believe in Yourself Song". Il est demeuré le meilleur disque d’un rappeur d’exception qui avait de l'or au bout des doigts, mais qui n'en a pas tiré profit.

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