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ARM - Dernier Empereur

, 23:09 - Lien permanent

Avec son dernier album, Arm avance pour la première fois sous son seul nom. Il ne s'agit plus, comme pour son projet précédent, d'une collaboration avec Tepr, le vieil ami d'Abstrackt Keal Agram. Et pourtant, ces deux sorties se ressemblent. Dernier Empereur est comme une suite à Psaumes, il est son second volume. Comme lui, il actualise la formule employée par Arm, usant de rythmes trap, de l'Auto-Tune et des ambiances éthérées du cloud rap. On y entend aussi, une fois encore, des tonalités plus proches des musiques électroniques que du rap, comme les nappes somptueuses de "Dernier Empereur" et de "Premiers Rayons", ou les sons virevoltants de "De Passage", ainsi qu'un goût certain pour les crescendos.

ARM - Dernier Empereur

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L'autre constante de Dernier Empereur, c'est le rappeur breton lui-même. Depuis ses débuts au sein de Psykick Lyrikah, il y a une quinzaine d'années déjà, il a toujours affiché une prédilection pour des textes sophistiqués, souvent même obtus, récités sur un mode proche de la spoken poetry, avec une cérémonie et une gravité amplifiées par sa manière caractéristique d'appuyer les consonnes. Le premier titre, "Roule", est typique de cette abstraction, avec ses airs d'égo-trip intello. Il est une poésie un peu précieuse, mais goinfrée de références à la science-fiction, d'Akira à Blade Runner''. Arm concilie haute et basse culture. S'il sample Booba, comme sur "Premiers Rayons", c'est que ce dernier cite le Christ.

Comme toujours, ses textes visent à évoquer, plutôt qu'à dire, même si quelques thèmes émergent ici et là, plus proches de considérations philosophiques que des préoccupations terre-à-terre généralement associées au rap. Arm nous parle en effet de fugacité et de la fuite du temps ("De Passage"), de la nécessité de poursuivre son chemin et de prendre de la hauteur ("Roule"), il exhorte à rester indépendant et à suivre ses propres règles ("Nouveaux Héros"). Il évoque en quelques mots son amour pour son fils ("Si"), puis l'amour tout court, fut-il conclu par une rupture ("Ta Main"). Et, en fil rouge de ses divers morceaux, il semble vouloir tirer un premier bilan de sa vie, dans un mélange d'amertume et de persévérance, comme sur le conclusif "La Lumière", un des temps forts de l'album.

En fait, le rappeur est fidèle à lui-même. Il ne s'émancipe pas de son passé : il apprivoise le présent, il intègre le son de l'époque à un parti-pris artistique qui était déjà celui de Psykick Lyrikah. Il lui a trouvé une place dans son univers, comme le prouve le meilleur titre de Dernier Empereur, l'admirable et mélancolique "Ta Main". Comme il le dit lui-même sur le pénultième morceau, ce sont d'autres chemins, mais toujours la même route. Avec Arm, plus ça change, et plus c'est pareil. Et qui donc s'en plaindra, puisque ça fait 15 ans que c'est bien ?

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