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PSYKICK LYRIKAH - Des Lumières sous la Pluie

, 22:51 - Lien permanent

Il en a été de la France comme des Etats-Unis. Dans les années 2000, les artistes plus provinciaux y ont contribué à renouveler le hip-hop. Ayant mûri leur art en dehors des paniers de crabes parisien et marseillais, ces rappeurs ont ouvert grand les fenêtres et fait entrer dans leur musique de grosses goulées d'air frais.

PSYKICK LYRIKAH - Des Lumières sous la Pluie

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Enfin, air frais, c'est vite dit, quand on parle des Bretons de Psykick Lyrikah. Le leur, d'air, était plutôt du genre lourd et vicié. Comme il le montrait sur ce premier album studio, Des Lumière sous la Pluie, le rappeur Arm n'était pas un rigolo. Il était même sérieux comme la mort, et partageait avec beaucoup de compatriotes moins doués que lui ces velléités littéraires héritées de la chanson réaliste, cette envie d'écrire des textes classieux, faits pour être couchés sur papier plus que pour être rappés, une envie qu'il affirmait dès le premier vrai titre ("Le Dernier Chapitre"), puis en citant Dostoïevski. Et ces textes travaillés, il les déclamait de manière sentencieuse, sur un ton monotone et linéaire, avec gravité et affectation.

Psykick Lyrikah, toutefois, ça n'a jamais été Abd Al Malik. Aucune contrition feinte chez eux, aucune posture scolaire. Au contraire. S'il frôlait l'insoutenable avec ses confessions de dépressif ("La Sphère") et ce portrait d'une ville aliénante réparti sur "Vois", "Ma Ville", "Le Double" et "Des Lumières sous la Pluie", le rappeur Arm sonnait juste. C'était bien écrit, pour de bon. Ce qui faisait la différence aussi, l'immense différence, c'étaient les beats, plus subtils que la moyenne du hip-hop français. Pour offrir à la voix du rappeur les ambiances noires de circonstance, pour être à l'unisson de ses paroles angoissées, Mr. Teddybear, le beatmaker du duo, s'était plié en quatre. Il avait aussi invité des comparses de la scène rennaise comme Robert le Magnifique, qui parsemait le disque de scratches bien sentis, et Abstrackt Keal Agram, des musiciens rompus à la pratique du hip-hop abstrait.

Ensemble, tous ces gens n'avaient pas peur de s'exprimer seuls et sans rap, quand nécessaire ("Fractions", "L'Homme Errant", "La Tête à Effacer"), ou de jouer du bruitage ("Descente"), histoire de renforcer une atmosphère déjà très cinématographique. Enfin, un dernier invité, le guitariste Olivier Mellano, apportait au disque une touche organique décisive et bienvenue, finalisant ainsi quelque chose d’assez rare en matière de rap français : un bel objet, une œuvre.

Vos 5 albums / mixtapes 2004

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