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OL' DIRTY BASTARD - Return to the 36 Chambers

, 22:19 - Lien permanent

Rétrospectivement, passés les années et l'effet de surprise, nous savons dire pourquoi chacun des premiers albums du Wu-Tang Clan a été bon : Enter the 36 Chambers était un manifeste, Tical révélait une star en puissance, Only Built 4 Cuban Linx contenait des "Glaciers of Ice" et des "Ice Cream" d'anthologie, Liquid Swords était un album concept taillé au cordeau. Mais pour Return to the 36 Chambers, l'explication est moins évidente. Fait tout entier des élucubrations d'un clown alcoolique sur des sons parmi les plus bancals et rachitiques jamais produits par le RZA, il avait tout pour déplaire. Pourtant non. Cet album, comme tous ceux sortis par le Wu-Tang en cette époque bénie, était rien moins que prodigieux.

OL' DIRTY BASTARD - Return to the 36 Chambers

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Dans ces années 90 où le rap était devenu le nouveau rock’n’roll, un rock’n’roll puissance dix, ODB était la rock star même, avec tout ce que cela compte de folies, de frasques (ces chassés-croisés avec la police, ces 13 gosses dont il peinait à payer les pensions alimentaires...), de jeux dangereux avec les stupéfiants et d’autodestruction. Un vrai gamin du ghetto, élevé par l’assistance publique, mais devenu icône. Avec in fine, histoire de consacrer le mythe et de jouer le numéro jusqu’au bout, une mort dramatique. Mais avant que Russell Tyrone Jones ne devienne ce bouffon tragique abonné aux faits divers, avant même qu’il ne se lance auprès du très grand public par un duo avec une Mariah Carey en quête de street credibility, il y avait l’essentiel, il y avait déjà un disque fondamental.

Et pourtant, derrière cette pochette mémorable en forme de coupon d’alimentation et ce sous-titre approprié, The Dirty Version, c’est quoi, Return to the 36 Chambers, sinon le délire d’un paumé parvenu au dernier degré de l’ivrognerie, une suite d’associations d’idées, de propos libidineux et de grossièretés, digne de ces speeches délirants qu'entament parfois les clochards dans le métro ? Pour ne rien arranger, tout cela dure très, très, trop longtemps. Une heure, avec deux morceaux de trop à la fin, "Dirty Dancin’" et cet "Harlem World", hum, saoulant.

Qui plus est, Ol' Dirty Bastard déclame ses divagations off-beat. Il ne rappe pas vraiment, et il se lance parfois dans des discours (cette longue intro qu’il achève en débitant des obscénités sur le ton d’un crooner...) ou des chantonnements ("Shimmy Shimmy Ya", "Drunk Game"). Et puis que dire du commencement de "Goin’ Down", où il s’amuse à travailler les bruits de gouttière de sa gorge ?

Quant aux beats, ils n’ont rien de flamboyant. Ils sont même plutôt foutraques, quand ils ne tournent pas au grand n’importe quoi (le pot-pourri et le freestyle de "Brooklyn Zoo II"). Comme son nom l’indique, Return to the 36 Chambers s'inscrit dans la continuité du premier Wu-Tang, ses instrus sont dans la droite lignée de la production minimaliste, sombre, sale et guerrière d’Enter the 36 Chambers (écoutez "Cuttin’ Headz" pour voir), et à l’opposé des accompagnements plus luxuriants que le RZA proposera à d’autres de ses compères, Raekwon ou Ghostface par exemple. Toutefois, paradoxalement, c’est aussi l’un de ceux qui doivent le moins aux beats du génial producteur du Clan. Ils sont certes excellents, comme tous les sons qu’il a conçus en ces années là, mais maigres, faméliques, discrets, presque en retrait, éclipsées par le numéro de cirque du MC.

Et pourtant, quoi de supérieur à la petite boucle de piano étrange et percutante du tube "Shimmy Shimmy Ya", au beat incroyablement bancal de "Brooklyn Zoo", ou aux géniaux posse cuts "Raw Hide" et "Protect ya Neck II the Zoo" qui nous ramènent au temps d’Enter the 36 Chambers ? Quoi de meilleur, sinon un autre des albums solo sortis par le Wu-Tang Clan en cette exceptionnelle année 1995 ?

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Commentaires

1. Le dimanche 4 octobre 2009, 14:44 par Frank Drebin

Belle revue je suis bien d'accord avec tout, mis a part le "Harlem World saoulant"? Pour moi c'est la meilleure chanson d'ODB quasiment. 100% son style et le beat (non Rza) est un de celui qui lui va le mieux... Et sa parodie de Earth Wind and Fire est classique!

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