Z MONEY - Back 2 the Blender

L'histoire de Z Money est celle, classique, de la promesse déçue. Quand il est apparu en 2013 avec la sortie simultanée des mixtapes Heroin Muzik et Rich B4 Rap, il s'est présenté comme une alternative heureuse aux deux écoles qui faisaient alors de Chicago la nouvelle place forte du rap, celle brutale et nihiliste de la drill music, et celle plus sage de Chance the Rapper. Ont suivi l'année d'après la compilation The Mobb Tape, avec toute sa bande de 4Ever Paid Nation, puis en 2015 la mixtape de la confirmation, Green Dot. La suite s'est avérée porteuse, notre homme rejoignant 1017 Eskimo, le label de son idole de toujours, Gucci Mane, et devenant plus visible dans les médias spécialisés. Et pourtant, sans qu'on sache vraiment dire quoi exactement, il aura manqué un petit quelque chose à Chiraq Mogul et à Shawty Paid, les sorties qui auraient dû le consacrer en 2018 et 2019, pour que le triomphe soit bel et bien là.

Z MONEY - Back 2 the Blender

Comme son titre le laisse entendre, Back 2 the Blender est un retour aux fondamentaux. Z Money ne s'en est jamais éloigné, en vérité. Mais enfin, bruit de la machine à l'appui, il déclare ici revenir vers son mixeur. Celui qui, autrefois, avait prétendu avoir gagné un million dans la drogue bien avant de devenir un rappeur, retourne dans la cuisine, celle de sa trap house. Cela n'a jamais été un hasard, s'il s'est lié autrefois à Gucci Mane : il fait la même musique. C'est la même trap music d'autrefois, celle que, bien davantage qu'à Atlanta, on entend encore chez ses héritiers des autres villes que sont Key Glock ou feu Young Dolph. La parenté du rappeur de Chicago avec ces derniers, d'ailleurs, est signalée par la présence parmi les producteurs de Back 2 the Blender du maître d'œuvre sonore de leur label Paper Route Empire, BandPlay.

Ce que Z Money délivre ici, tout comme le maître l'avait fait quinze années plus tôt, c'est une suite fournie de comptines gangsta absurdes et entêtantes. Ce sont des propos entonnés sur un ton pince-sans-rire, agrémentés d'onomatopées et de répétitions, et qui ne parlent grosso modo que de drogue. Le rappeur le fait avec ce phrasé saccadé qui lui est si caractéristique, avec des textes qu'il délivre imperturbablement, de manière linéaire, comme si au fond il ne rappait que pour lui-même. Toutefois, l'atout-maître de ce gangsta rap d'ascenceur à peine perturbé par ce qu'il faut d'emportements et d'emballements verbaux, ce sont les sons.

Avec l'aide de BandPlay, donc, mais aussi de Hendrix, Tee Mobil, PMR808 et de quelques autres encore, Z Money délivre un grand nombre de morceaux, dont la plupart sont très aboutis. Certains jouent d'une ambiance lourde pour appuyer sa posture de dealer bravache, comme "Speaker Knockin" et "Don't Front Me", ou bien d'une allure atmosphérique comme "The Extras" et "I Got It", deux autres sommets. Mais beaucoup, par exemple "Gramgiving", "Still Thumbin", "Asap Yams" et le remarquable "Watchin Hommies", ont cette qualité mélodique, cette vertu entêtante, cette aptitude à faire innocemment dodeliner de la tête, qu'avait aussi la musique de Guwop autrefois, à la grande époque de sa splendeur. "Keep it Gucci", donc, avec ce grand retour gagnant qu'est Back 2 the Blender. Mais avant toute chose, "Keep it Z Money".

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