YOUNG NUDY - Rich Shooter

Parfois, on pense qu'un artiste doit prendre son temps avant de sortir un album. On croit préférable qu'il le chiade et qu'il le peaufine, qu'il s'assure que toutes les finitions ont été pensées. Eh bien c'est faux. Cette idée, ce n'est que le concept marketing du blockbuster, cet investissement majeur qui maximise les attentes du public dans le but d'optimiser son retour financier. Mais la vérité est toute autre : quand on est au sommet de son inspiration, il faut battre le fer tant qu'il est chaud, il faut au contraire multiplier les projets. DMX a sorti ses deux meilleurs albums la même année. Un Lil Wayne en feu a multiplié les mixtapes d'anthologie au milieu des années 2000, en plus de ses sorties officielles. Boldy James a proposé quatre de ses projets les plus notables rien qu'en 2020. Et en 2021, des gens aussi divers que Mach-Hommy et Lonnie Bands ont sorti chacun deux œuvres parmi les plus remarquables de l'année.

YOUNG NUDY - Rich Shooter

Il en a été de même avec Young Nudy. Peu après le très bon Dr. EV4L, le rappeur d'Atlanta a sorti Rich Shooter. Celui-ci, certes, est plus longuet que son prédécesseur. Il est chargé de vingt plages et de nombreux invités, de grosses pointures du rap d'Atlanta telles que Future, Gucci Mane et PeeWee Longway, et d'autres encore, moins illustres, comme 21 Lil Harold, 2FeetBino, Cristo4L et 4L Quan. C'est un album plus composite, qui a sollicité plusieurs producteurs. En plus de Coupe, qui s'est occupé du précédent, figurent l'autre grand collaborateur de Nudy, Pi’erre Bourne, ainsi que 20Rocket, Mojo Krazy, jetsonmade, Mahd McLaren et même Jake One. C'est un projet dense, mais qui vaut bien celui d'avant, si on lui ôte ses morceaux superflus.

Les thèmes sont inchangés. Outre de filles qu'on use comme de vieilles chaussettes, Young Nudy parle de violence, de défiance généralisée, de ce terrain de guerre qu'est le ghetto ("Battlefield"), où la torture est pratiquée ("Can't Clone Me"), où les corps s'entassent à la pelle ("Bodies on Bodies"), mais dont on ne peut jamais vraiment s'affranchir ("I Can't Change", "Addicted "). Il est question de cet argent qui pousse à toutes les extrémités ("Wicked for the Money"), de ces rivaux jaloux qui cherchent à vous faire la peau ("How I Eat"), de ces gens à qui on tire une balle dans la tête ('One in the Head'), avec ce mélange d'agressivité et d'indifférence par lequel Nudy le "flingueur riche" répond à l'adversité. Cette brutalité froide est là dès le tout premier titre, "Keep It in the Street", où il redit sa fidélité aux codes et aux pratiques de la rue.

Ce morceau rappelle aussi l'alchimie qui opère quand Pi'erre Bourne et Young Nudy sont ensemble. Et ce n'est pas le seul. Les sons vibrionnant et tournoyants du producteur appuient tout aussi bien la posture de bandit désinvolte du rappeur sur "Old School" et sur "Money to Spend". Quand d'autres émulent cette même formule, tels 20Rocket sur "Battlefield" et Coupe sur "Can't Clone Me", c'est tout aussi efficace. Mais quand ils s'en écartent, ça reste très bon. Quand sur "All My Niggas", quatre producteurs délivrent une musique lente, ils accentuent les menaces de Young Nudy. Quand sur "How I Eat", ils déploient un instrumental du même acabit que sa voix geignarde, Mahd McLaren et 20Rocket amplifient le sentiment de paranoïa.

Ailleurs, à l'inverse, les producteurs jouent du contraste, offrant au rappeur une mélodie indolente pour accompagner ses histoires de meurtres. Tel est l'artifice employé par Pi'erre Bourne sur "Green Bean", et par Coupe juste avant, sur "On The Curb". Et là encore, c'est du meilleur effet, cela fonctionne à tous les coups ou presque, tout comme sur la complainte originale de "I Can't Change", une anti-chanson d'amour où Young Nudy, fredonne ses refrains d'une voix tendre. Ici, le rappeur confesse être un goujat impénitent qui trompera sa douce sans remord. Car chez lui, seule tient la fidélité à la rue, sa loyauté à cette Zone 6 dont il parle sur "Fish Scale" avec Gucci Mane, le rappeur emblématique de l'endroit. Seul compte son dévouement à son art, un dévouement qu'il montre encore, une seconde fois la même année.

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