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DIZZEE RASCAL - Maths + English

, 23:17 - Lien permanent

En 2003, l'engouement considérable autour de Boy in da Corner a été, pour une bonne partie, une bulle critique. Certes très réussi, l'album nous avait été vendu comme l'ouverture d'une nouvelle ère, comme une révolution telle que la musique n'en connaît que tous les vingt ans. Cependant, l'explosion du grime, que ce premier opus de Dizzee Rascal était censée annoncer, n'eut jamais vraiment lieu. Malgré quelques résurgences auprès du grand public, comme dans les années 2010, quand des rappeurs américains l'ont parrainé, le genre a continué sa route dans l'underground. Quant au Londonien, il a suivi lui aussi son bonhomme de chemin, sans être un inconnu, loin de là, mais sans non plus être une star absolue.

DIZZEE RASCAL - Maths + English

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Et il a sorti d'autres albums qui, tant en chiffres de vente qu'en matière de qualité, supportaient la comparaison avec son très prisé premier essai. Showtime, le deuxième, a ses ardents défenseurs (votre serviteur en fait partie). Et le suivant n'était pas non plus quantité négligeable. Sorti après un long silence de trois ans, Maths + English a été estampillé comme l'album pop de Dizzee Rascal. Et il est vrai qu'il en avait arrondi les angles. La rudesse du grime, celle-là même qui a vraisemblablement empêché ce genre de séduire les foules, s'effaçait quelque peu.

"There’s a world outside of the 'hood and I want you to see it". Il y a un monde au-delà du quartier, et je veux que tu le voies. Voilà comment l'Anglais ouvrait son album avec "World Outside" : par un adieu à la rue. Aussi, joignant le geste à la parole, le MC rameutait-il quelques figures extérieures. C'est ainsi qu'on retrouvait Lily Allen sur "Wanna Be", qui s'appropriait la mélodie très entêtante du "So You Wanna Be a Boxer?" issu du film Bugsy Malone, ainsi qu'Alex Turner des Arctic Monkeys sur un moralisateur "Temptation". La volonté de Dizzee Rascal d'élargir sa palette se manifestait aussi par les guitares metal de "Sirens". Dans un registre moins grand public et plus proche du grime, cette diversité s'exprimait aussi par les échappées drum'n'bass du duo Shy FX et T Power, sur le morceau "Da Feelin'".

Maths + English n'a pas seulement la réputation d'être le disque pop de l'Anglais. Il est aussi son album américain. Le rap d'Outre-Atlantique est en effet très présent ici. "Pussyole", par exemple, est ce que dit son sous-titre : "Old Skool". Il est un retour vers le vieux hip-hop, qui réinvestit le tube "It Takes Two" de Rob Base et DJ E-Z Rock, avec un pincée de beatboxing en plus. Dizzee Rascal s'offrait aussi la présence de Bun B et Pimp C sur "Where's da G's" (il leur rendrait bientôt la pareille sur Underground Kingz), avec une sirène qui évoquait le g-funk de la grande époque. Par ailleurs, Maths + English serait distribué en Amérique quelques mois plus tard, dans une version remaniée, sous l'étiquette de Def Jux.

En vérité, le label très élitiste d'El-P n'était pas le choix le plus judicieux, si le but était de passer de chouchou de la critique à artiste grand public. De même, il était paradoxal de voir Dizzee Rascal tourner le dos au ghetto sur "World Outside", pour l'entendre affirmer sur "Sirens" qu'il ne changera pas et qu'il enfreint la loi, s'en prendre aux gangsters d'opérette sur "Where's Da G's" et sur "Wanna Be", jouer le provocateur à deux sous sur "Suk My Dik", exposer sa défiance envers l'industrie du disque et les journalistes sur "Hard Back (Industry)", revenir au son originel du two-step sur le très club "Flex", et conclure le tout par un retour à la musique très âpre de ses débuts, sur le brutal "U Can't Tell Me Nuffin'". Il aurait même refusé que la chanteuse Joss Stone participe à "Da Feelin'", de peur de sonner trop pop.

On n'échappe pas à sa nature, ce que le Londonien prouvait avec ses aspérités. "Pussyole", par exemple, était un diss track, destiné selon toute vraisemblance à l'autre grande figure du grime original, Wiley. Et le MC d'exception était toujours bel et bien là. Partout, il démontrait sa verve et l'étendue de son registre, comme sur le storytelling de "Sirens". Au bout du compte, Maths + English n'est sûrement pas le meilleur Dizzee Rascal, mais il a toute sa place dans sa discographie. En effet, pourquoi donc faudrait-il se lamenter, quand un excellent rappeur s'efforce de devenir plus accessible, sans pour autant cesser vraiment d'être lui-même ?

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