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UGK - Underground Kingz

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Aucun album ne mérite mieux qu'Underground Kingz le titre de “disque de la consécration”. Bien avant sa sortie, certes, Pimp C et Bun B avaient proposé ensemble plusieurs projets essentiels. Ils n'avaient même fait que cela. Leurs trois premiers albums, Too Hard to Swallow (1992), Super Tight (1994), et cette apothéose qu'avait été Ridin' Dirty (1996), sont tous de grosses références du rap. Mais ils étaient apparus trop tôt. Malgré un succès critique et commercial appréciable, le duo demeurait associé à sa scène régionale. C'est plus tard, avec l'appui de Jay-Z, et la sortie en commun de “Big Pimpin”, et dans une moindre mesure avec leur contribution au “Sippin' on Some Syrup” de Three 6 Mafia, que les Texans s'étaient imposés auprès d'un plus grand nombre, et qu'ils avaient été reconnus comme figures nationales de premier plan. Cependant, ils n'avaient pas capitalisé aussitôt sur cette notoriété. Leur quatrième album, Dirty Money, avait souffert d'un déficit de promotion. Et quelques mois plus tard, mi-2002, la peine de prison entamée par Pimp C avait placé la carrière du duo entre parenthèses.

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Mais en 2007, avec cet Underground Kingz sorti un peu plus d'un an après sa libération, c'était le bon moment. Pendant cette incarcération, la cote du duo n'avait fait que grimper, grâce aux collaborations de Bun B avec tous les rappeurs possibles et imaginables, grâce aussi à ces "Free Pimp C!" repris à l'envi par ses collègues. Les deux hommes, comme leur label, semblaient bien décidés à marquer le coup. Ils n'offraient donc rien de moins qu'un double-album ambitieux, rempli d'invités de prestige. Cette sortie, qui portait le nom même du duo, devait être la grande œuvre définitive d'UGK. Et de fait, attendue au tournant, elle fut dès sa sortie numéro 1 aux Etats-Unis, elle récolta de nombreux éloges critiques, et elle prit une tournure testamentaire quand, en fin d'année, Pimp C rendit l'âme.

Les deux hommes voulaient marquer le coup et signer leur triomphe. C'était visible dès ce "Swishas & Dosha", où ils se posaient en vétérans, Bun B s'en prenant au passage à la génération Facebook. Ils vantaient leur résilience sur "Trill Niggas don't Die". Ils revenaient en cadors et donnaient des leçons aux délinquants d'opérette sur le tourbillonnant "Take Tha Hood Back". Ou au contraire, sur le solo "Shattered Dreams", Pimp C se posait en sage et invitait les autres à surmonter leurs difficultés. C'est qu'ici, le duo était au sommet de son art et de son country rap tune. Il maîtrisait sa formule : des samples empruntés à de grands noms de la black music comme Willie Hutch, Gladys Knight, Al Green ou Allen Toussaint ; des mélodies synthétiques, mais dotées d'un feeling live entretenu par les sons chaleureux de vrais instruments ; des refrains et des guitares funky ; une musique poisseuse et marécageuse, moins proprement calibrée que celle du Nord. Enfin, ils usaient comme jamais de la complémentarité entre leurs voix, celle, grave et pleine d'autorité, de Bun B, et celle, nasale, de Pimp C. Et le plus fort dans tout cela, c'est que si ce projet dense et touffu n'était pas parfait, il tenait plutôt bien la route sur les deux heures de sa durée, fait rare pour un double-album de rap.

Pimp C et Bun B se lançaient dans une autocélébration parallèle de leurs exploits criminels et rapologiques. Sur le morceau homonyme de l'album, "Underground Kingz", il n'était même plus possible de dissocier les deux activités. Même si Dieu et la religion n'étaient jamais bien loin ("Heaven", "How Long Can It Last", "Living This Life"), Sud oblige, les deux rappeurs nous parlaient avant tout de leur vie de mauvais garçons. Il était question de la rue sur "Gravy", de leur dur labeur de délinquants sur "Grind Hard", de leur classe de pimp sur "Tell Me How Ya Feel", de leurs compétences de dealers sur "The Game Belongs to Me", de la drogue sous toutes ses coutures sur "Cocaine", et de l'enfermement dans la criminalité sur le plus beau morceau du double-album, ce "Living This Life" où Pimp C partageait ces mots prémonitoires (et rétrospectivement glaçant) : "rather be dead than doin' life in jail cell". Plutôt mourir que passer ma vie dans la cellule d'une prison. Plus prosaïquement, les deux compères partageaient également leur plaisir de conduire sur "Candy", sur "Still Ridin' Dirty" et sur ce "Chrome Plated Woman" où ils décrivaient leur voiture sous les traits d'une femme. Les filles, Bun B et Pimp C en parlaient aussi, sous un angle lubrique sur "Like That". Et comme ils n'étaient pas à une contradiction près, ils apposaient l'un après l'autre, sans sourciller, le misogyne "Two Type of Bitches" et le nettement plus respectueux "Real Women".

Underground Kingz était un couronnement pour le duo, mais pas seulement. Il l'était en fait pour tout un pan du rap, celui du Sud, qui était devenu dominant au cours des dix années précédentes, et dont les deux d'UGK étaient en quelque sorte des parrains. Un single soulignait cela, un fier et scintillant "Int'l Players Anthem", leur plus grand succès. Non seulement celui-ci mettait-il en scène l'un des personnages les plus appréciés en ces lieux : le pimp, le playa. Mais en plus, dans ses deux versions alternatives (une troisième était un remix sur le mode du chopped and screwed), ils s'associaient avec les deux autres groupes les plus importants du Sud : Three 6 Mafia et Outkast. Par ailleurs MJG, autre parrain du rap du Sud, était samplé sur le (médiocre) bonus "Hit the Block". Quant au grand groupe fondateur de ces scènes, il était lui aussi embarqué dans cette grande entreprise, puisque Scarface et Willie D des Geto Boys étaient conviés, respectivement, sur "Still Ridin' Dirty" et, titre de circonstance, "Quit Hatin' the South". Et d'autres personnalités encore, issues des mêmes cieux, se pressaient ici, comme Slim Thug, Z-Ro, T.I., Rick Ross, Jazze Pha, ou Lil Jon à la production.

Mais si Underground Kingz consacrait la stature nationale de Pimp C et de Bun B, c'est aussi qu'il dépassait son cadre géographique d'origine. En effet, sur "Next Up", la filière historique new-yorkaise était représentée par rien de moins que Big Daddy Kane, Kool G Rap et Marley Marl, sur la musique de leur vieux classique "The Symphony". Quant à "Life Is 2009", il était un remake du "Life Is..." de Too $hort, avec la contribution du Californien. Le rap "conscient" de backpacker, soit plus ou moins l'inverse de celui du duo, trouvait lui aussi sa place avec une intervention de Talib Kweli sur "Real Women". Et même le grime anglais était représenté, avec la participation sur "Two Type of Bitches" de sa figure la plus emblématique, Dizzee Rascal. C'était donc un disque riche, ambitieux et varié que proposait UGK, mais qui, malgré sa densité et sa variété, conservait la patte et le son du duo. En 2007, avec Underground Kingz, Pimp C et Bun B étaient bel et bien devenus les rois du rap. Mais l'underground, désormais, était loin derrière eux.

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