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THE CONSCIOUS DAUGHTERS - Ear to the Street

, 23:00 - Lien permanent

C'est parait-il à cause de leur nom que Paris se serait intéressé à The Conscious Daughters (TCD). Le terme "conscious", dont la traduction approximative la plus fiable pourrait être quelque chose comme "engagé", aurait attiré l'attention de celui qui, au milieu des années 90, portait le plus haut l'étendard du rap politique. Il l'aurait poussé à écouter attentivement l'une de ces démos que Carla Green (alias CMG) et Karryl Smith (alias Special One), deux amies d'enfance basées à Oakland, distribuaient alors pour se faire connaître. Convaincu, le rappeur de San Francisco avait ouvert les portes de son label, Scarface Records, à ses deux consœurs de la Bay Area, puis il avait produit l'intégralité de leur premier album.

THE CONSCIOUS DAUGHTERS - Ear to the Street

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Les deux filles, cependant, ne se résumaient pas au registre du rap politique. Leur plus grand succès, bien au contraire, "Something to Ride to (Fonky Expedition)", fut un titre de gangster hédoniste calqué sur ce que Dr. Dre nous avait offert quelques mois plus tôt avec "Nuthin' but a 'G' Thang". C'était du pur g-funk, avec une musique coulante et des histoires de virée en bagnole dans le quartier. Et l'autre single de TCD, "Roll Deep" était dans le même esprit. Ear to the Street offrait en fait ce que son titre supposait : du rap de rue hardcore et orgueilleux, qui basculait d'une furie funky à la Ice Cube, comme avec l'énergique et mordant "Princess of Poetry" qui débutait l'album, aux sirènes de Dr. Dre sur "Showdown".

La seule particularité de ce disque, dans le contexte gangsta, était sa perspective féminine. Sur "Wife of a Gangsta", par exemple, les deux rappeuses nous détaillaient les vicissitudes traversées par la femme d'un criminel. Sur l'égo-trip "Crazybitchmadness", Special One prenait avec insolence le contrôle de sa sexualité. Et sur "What's a Girl to Do", le mot d'ordre était franchement féministe ("je ne nettoie pas de maisons, je nettoierai ton compte en banque"). En fin de compte, c'était dans ces moments, quand elles prenaient le parti de leur sexe, que les Conscious Daughters adoptaient un discours social et qu'elles donnaient raison à leur nom. Le cas d'école était "Shitty Situation", l'histoire d'une femme se débattant dans sa vie de mère célibataire après une relation sans lendemain.

Conformément à la règle qui a longtemps prévalu, selon laquelle il fallait aux rappeuses des sponsors masculins pour qu'elles réussissent, les Conscious Daughters ont pâti un peu plus tard du divorce entre Paris et Priority Records, avec qui il avait un accord de distribution. Sans le rappeur pour les appuyer, les deux femmes se débâtèrent avec le management du label, et ne sortirent plus qu'un album, Gamers, avant de le quitter. Elles n'en poursuivirent pas moins leur carrière, proposant un troisième opus sur le tard, en 2009 (The Nutcracker Suite), peu après une invitation par Nas (avec Ice-T, King Tee, Breeze, Kam, Candyman, Threat et Sir Mix-A-Lot) sur son hommage à ces héros oubliés de la Côte Ouest, "Where Are They Now (West Coast Remix)". Mais fin 2011, un point final tragique fut mis à l'aventure du duo, quand Special One fut retrouvée morte chez elle.

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