PLIES - The Real Testament

"Tu peux me prendre cette merde rap, je trouverai un autre terrain de jeu. Ne te trompes pas, négro, (le rap) ça n'a jamais été mon rêve". Avec ces mots déclamés d'entrée sur son premier album officiel, The Real Testament, Plies déclarait que le rap était pour lui un moyen, plutôt qu'une fin. Il signifiait ainsi le glissement sémantique opéré par le terme "real". Un vrai rappeur, ce n'était plus quelqu'un qui s'illustrait par la qualité de son phrasé, la virtuosité de ses rimes ou la créativité de ses figures de style. Ce garçon de Fort Myers, en Floride, n'avait aucune de ces qualités. Non, un vrai rappeur, à l'époque de Plies, ce serait quelqu'un avec le bon pédigrée criminel, et qui prétendrait ne pas mentir sur son expérience de voyou.

PLIES - The Real Testament

C'est qu'on aurait bien pu la lui prendre, cette merde rap. Quelques mois avant la sortie de cet album, Plies avait défrayé la chronique à cause d'une altercation. Alors qu'il se produisait à Gainesville, dans son Etat d'origine, on lui avait coupé le micro pour qu'il laisse la place à Lil Boosie. Furieux, le rappeur et ses potes avaient alors répliqué à coup de poings et d'armes à feu. Cet incident lui avait valu d'être remplacé par Snoop Dogg sur un morceau qu'il devait sortir avec Akon. Commencée une décennie plus tôt et propulsée en 2004 par sa signature chez Slip-N-Slide, la carrière d'Algernod ("Nod") Washington, cependant, n'allait pas pâtir de telles frasques. Bientôt, il n'y paraîtrait plus. Plies inviterait Akon sur son single "Hypnotized", et en 2010, sur la mixtape You Need People Like Me, il rendrait hommage à un Boosie incarcéré.

Et puis surtout, le succès serait au rendez-vous. Son premier album ne l'aurait pas laissé passer, vu qu'il proposait tout ce qu'il fallait pour atteindre un large public. Il y avait un titre, "I Am the Club", où Plies jouait au roi de la discothèque, et juste après un autre, "Runnin My Momma Crazy", où il s'excusait auprès de sa maman d'être un vilain garçon. Quant aux deux premiers singles issus de The Real Testament, cet "Hypnotized" mentionné plus tôt, et avant lui "Shawty", ils étaient accompagnés de mélodies sirupeuses qui leur permettraient de grimper haut dans les charts américains. Pourtant, bien sûr, Plies n'était pas à proprement parler un romantique. Il était plus question de sexe que de sentiments sur ces titres : "Shawtie", secondé par T-Pain et par son Auto-Tune, racontait en fait une relation adultère, et "Hypnotized" parlait d'une strip-teaseuse. Un autre titre, "You" versait dans la pornographie. Et sur "1 Mo Time", Plies disait à une compagne fatiguée de ses infidélités qu'elle n'avait qu'à aller voir ailleurs, précisant que la seule chose qui lui manquerait chez elle, ce serait le goût de sa chatte…

Même sur ses titres les plus racoleurs, le rappeur montrait une face rude. Et c'était la plus convaincante. Le Floridien, en effet, on ne l'aimait pas pour ses titres mollassons. On l'appréciait plutôt quand il suppléait à la pauvreté de ses rimes par le râle de ses raps. Quand, avec sa voix abrasive, il dévoilait son visage de criminel. Quand il s'opposait gaillardement aux "crackers", à savoir les Blancs, les autorités, les héritiers des esclavagistes, tout ce qui est son contraire. Plies était le plus éloquent quand, sur "I Kno U Workin", il s'en prenait à la police avec les sirènes de circonstance, ou quand il racontait avec orgueil sa vie de petite frappe sur le funky "Friday". On attendait de lui qu'il nous parle d'argent, celui qui lui manquait sur "On My Dick", ou bien, tout au contraire, celui qui coulait à flot sur le tourbillonnant "Money Straight".

Le meilleur Plies, c'était le Plies agressif, le Plies vindicatif, celui qui, sur "Goons Lurkin’", s'apprêtait à buter un ennemi à l'aide d'une bande de potes. Celui qui, sur "Kept It Too Real", crachait ses quatre vérités à un ami qui l'avait trahi. Celui qui, enfin, sur le conclusif "Murkin' Season" (nonobstant les bonus des rééditions), décrivait sans nuance des rues à feu et à sang. Tout cela était sans doute trop outré, trop excessif et trop téléphoné pour être aussi "réel" que Plies le prétendait, mais cela n'avait aucune espèce d'importance : sur ce premier album réussi, le Floridien illustrait à la perfection un grand changement de paradigme dans le rap.

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