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LIL BLOOD - Ndugu

, 12:43 - Lien permanent

En 2018, comme depuis à peu près toujours, une partie de la meilleure production rap des Etats-Unis nous est venue de la Baie de San Francisco. Et comme depuis à peu près toujours, une fois encore, elle est sous-médiatisée. Nous savons en effet peu de choses de celui qui, avec Ndugu ("frère", en langue swahilie), a sorti l'un des albums rap notables de l'an passé, sinon qu'il est originaire de West Oakland, qu'il fait partie de l'équipe Livewire (J Stalin, Shady Nate, Philthy Rich…), qu'il est actif depuis environ 2010, que son nom est familier de ceux qui suivent toutes les sorties de la région, et qu'il avait sorti peu avant un autre projet remarquable, Crack Baby, vanté avant tout le monde par le site très averti Pure Baking Soda.

LIL BLOOD - Ndugu

Free the Lost / 3rd World Mob ‎:: 2018 :: acheter cet album

Une chose est claire avec Ndugu, cependant. Celui qui, dans une interview, déclarait il y a peu qu'il avait regretté l'image clownesque que la vague hyphy avait renvoyé de sa scène, explore plutôt la face inverse de la musique locale : la plus rude, la plus noire, la plus désabusée. Cet homme à qui on aurait tiré dans la tête il y a quelques temps, est un chroniqueur du ghetto, un commentateur social désabusé qui s'exprime d'une voix râpeuse, épaulé par une kyrielle de rappeurs de la Californie du Nord, parmi lesquels les voisins de Sacramento Mozzy et Celly Ru.

Lil Blood nous décrit la jungle urbaine d'une façon résignée, dans une atmosphère hostile et paranoïaque ("Hate Me", avec Lil Yase). Il le fait de manière remarquable sur des titres tels que le lourd et le dépouillé "K in the Clutch", avec Celly Ru. Ce sont des histoires tragiques de trahisons, de violence, de douleurs, de déloyauté et de défiance envers les autorités comme envers leur entourage, que nous content le rappeur et ses nombreux compères. C'est un monde sombre, où les Noirs sont toujours soumis à l'oppression des Blancs ("Crackers"), que Lil Blood nous expose.

Il le fait sur une musique lourde, lente et posée (voire atmosphérique dans les cas de "I'm Mobbin" et "Unfaithful"), à l'exception d'un plus enjoué "Bounce It". Et cette association entre ces sons en berne et les paroles du rappeur fonctionnent, en particulier (est-ce vraiment un hasard ?) sur les morceaux auxquels participent Mozzy et son entourage, comme l'excellent "Just Talking", l'étouffant "Clear It Out" et surtout ce temps fort de l'album qu'est indéniablement le brillant "Boby Shake".

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