En 2018, comme depuis toujours, une partie de la meilleure production rap des Etats-Unis nous est venue de la Baie de San Francisco. Et comme depuis toujours, aussi, elle est sous-médiatisée. Nous savons en effet peu de choses de celui qui, avec Ndugu ("frère", en langue swahilie), a sorti l'un des albums rap notables de l'an passé, sinon qu'il est originaire de West Oakland, qu'il fait partie de l'équipe Livewire (J Stalin, Shady Nate, Philthy Rich…), qu'il est actif depuis environ 2010, que son nom est familier de ceux qui suivent toutes les sorties de la région, et qu'il avait proposé peu de temps avant un autre projet remarquable, Crack Baby.

LIL BLOOD - Ndugu

Mais une chose est claire avec cet album. Celui qui, en interview, déclarait il y a peu qu'il avait regretté l'image clownesque que la vague hyphy avait renvoyé de sa scène, explore plutôt la face inverse de la musique locale : la plus rude, la plus noire, la plus désabusée. Cet homme à qui on aurait tiré dans la tête il y a quelques temps, est un chroniqueur du ghetto, un commentateur social désabusé qui s'exprime d'une voix râpeuse, épaulé par une kyrielle de rappeurs de la Californie du Nord, parmi lesquels les voisins de Sacramento Mozzy et Celly Ru.

Lil Blood nous décrit la jungle urbaine d'une façon résignée, dans une ambiance hostile et paranoïaque ("Hate Me", avec Lil Yase). Il le fait de manière remarquable sur des morceaux tels que le lourd et dépouillé "K in the Clutch", avec Celly Ru. Ce sont des histoires tragiques de trahisons, de violence, de douleurs, de déloyauté et de défiance envers les autorités comme envers leur entourage, que nous content Lil Blood et les autres. C'est un monde sombre, où les Noirs sont toujours soumis à l'oppression des Blancs ("Crackers"), que le rappeur nous expose.

Il le fait sur une musique lourde, lente et posée (voire atmosphérique, sur "I'm Mobbin" et "Unfaithful"), à l'exception de l'enjoué "Bounce It". Et cette association entre ces sons en berne et les paroles du rappeur fonctionnent, en particulier (est-ce vraiment un hasard ?) sur les titres auxquels participent Mozzy et son entourage, comme l'excellent "Just Talking", l'étouffant "Clear It Out" et surtout ce temps fort indéniable de l'album qu'est le brillant "Boby Shake".

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