GOONEW - Goonrich Urkel

Le silence est plus crispant que le bruit. Le murmure est plus angoissant que les cris. C'est semble-t-il ce qu'a réalisé Goonew, valeur montante de DMV, cette aire centrée sur Washington dénommée d'après les Etats que son métro traverse. Ses récits sombres et menaçants de dealer, ce rappeur les susurre, d'une façon inquiétante. Ses raps, il les déclame d'un trait, sans pause, et off-beat. Et pour que la pesanteur soit à son comble, il est souvent accompagné par les beats sinistres et chiches de Cheecho, le producteur qui a défini le son de cette scène.

GOONEW - Goonrich Urkel

C'est en quelques mois seulement, que Goonew a imposé sa recette. Le rappeur de Forestville, en effet, était un inconnu avant l'an dernier. Certes, il avait été cité par la figure du rap local, Big Flock, sur le single "Bruvas". Mais son premier projet, Homicide Boyz, une collaboration avec son compère Lil Dude, n'est apparu qu'à la toute fin de 2017. Deux contributions de Lil Yachty lui avaient permis alors de se faire connaître hors de ses bases, puis il a marqué les esprits au cours d'une année 2018 prolifique, en juillet avec Big 64, puis en octobre avec Goonrich Urkel.

A bien des égards, et même si elle Cheecho n'est pas seul aux manettes (pour l'anecdote, on compte aussi une contribution réussie du Français Brodinski), cette sortie est celle de l'aboutissement pour le style Goonew. Dès cette introduction où il nous parle d'une école quittée trop tôt au profit d'une vie délinquante, ses murmures et sa musique atmosphérique en soulignent le danger et les regrets. Car le rappeur ne donne pas dans la glorification. Il ne respire pas la joie quand il décrit une existence qui oscille mécaniquement entre conception de drogue et partie de jambes en l'air avec les filles. C'est au contraire une vision noire de la vie criminelle qu'il partage, comme quand il décrit son petit commerce sur "Junkie Talk". "I'm robbin' these niggas, I don't use my hands" (je vole ces négros, je n'ai même pas besoin de mes mains), dit-il en fin de course, après avoir décrit une trap house qui mérite son nom de piège.

Ce portrait du dealeur néfaste et profiteur, Goonew le dresse ailleurs, sur "Wait For Me" par exemple. Toutefois, il s'assure que son album ne tourne pas à la formule. Il fait en sorte que quelques titres, souvent les plus marquants, s'en détachent. C'est ainsi, de façon bienvenue, qu'il accélère le tempo et qu'il convie Lil Dude sur "Drill Time", ou qu'il reprend sa voix normale sur le tout aussi dynamique "Sticks & Stones", cette fois avec le renfort de Borleone. Et parmi ces morceaux saillants, il y a aussi un finale d'anthologie, un long posse cut avec Homicide Esco, Money Reekk et Cell Chapo déclamé sur une boucle de piano obsédante, un "Go" de circonstance qui clôture à la perfection un album globalement très bien conçu.

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