Fake For Real

Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
Home

Aller au menu | Aller à la recherche

MICHAEL SCHMELLING - Atlanta: Hip-Hop and the South

, 14:32 - Lien permanent

Pour entrer dans une musique, pour s'imprégner de l'ambiance d'une scène quand on en est géographiquement éloigné, il y a le son, bien sûr. Il y a les mots, ceux de morceaux, ceux aussi des critiques, observateurs et commentateurs de toutes sortes. Et puis il y a l'image. Mais celle-ci, qui nous parvient le plus fréquemment par l'intermédiaire des vidéos, est généralement mise en scène. Elle reflète le plus souvent les fantasmes du rappeur, ou ceux de son public, plutôt que la réalité du milieu qui l'a vu naître. Pour rendre compte de celle-ci, il ne demeure donc, principalement, que le reportage photo, ce que nous proposait ce beau livre, Atlanta, consacré à la ville qui est devenue, au XXIème siècle, la capitale du rap.

MICHAEL SCHMELLING – Atlanta: Hip-Hop and the South

Chronicle Books ‎:: 2010 :: acheter ce livre

Le photographe Michael Schmelling n'avait a priori aucune attache à Atlanta. Il a grandi dans les environs de Chicago, il a vécu à New-York et à Los Angeles, et c'est surtout pour son association avec les rockeurs alternatifs de Wilco qu'il était connu, avant ce livre. En 2004, en effet, il s'était chargé des photographies de The Wilco Book (comme son nom l'indique, un livre consacré au groupe), ainsi que celle de leur album A Ghost Is Born. Mais à la fin de la décennie 2000, dans ce qui fut peut-être les meilleures années pour elle, il a choisi de s'immerger quelques temps dans la scène rap d'Atlanta, et d'en revenir avec de nombreux clichés.

Et comme le montre ce recueil, il a fait flèche de tout bois. De nombreux acteurs de cette scène ont été pris en photos : célébrités locales (Big Boi, Rico Wade, Killer Mike, Shawty Lo, Young Dro, Yung L.A., Travis Porter, Pill, etc.), ou personnalités relocalisées là-bas (T-Pain, Bubba Sparxxx, MF Doom), mais aussi des inconnus, filles ou garçons, souvent dévêtus et surpris dans des positions épiques, dans les clubs (nightclubs ou strip clubs) où se font les tubes rap d'Atlanta. A cela, s'ajoutent des affiches et des flyers, tel ou tel studio d'enregistrement, du matériel musical (disques, micro, enceintes, radio, piano, etc.), une carte d'Atlanta, un hot dog, une liste de stripteaseuses, des paroles griffonnées par Young Dro, des doigts formant tel ou tel symbole, et puis, pour illustrer la culture de la voiture qui sévit en ces lieux, des véhicules, des jantes chromées et des échangeurs d'autoroute. Il semble que Schmelling ait photographié tout et n'importe quoi à Atlanta, tout ce qui l'interpellait, tout ce qui lui paraissait digne d'intérêt, aussi trivial cela soit-il.

Son livre, toutefois, n'est pas fait que d'images. Un code y est communiqué, qui permet de télécharger une mixtape sur Internet (le lien est mort, aujourd'hui). Il contient aussi les interviews, relativement intéressantes, d'une poignée de figures d'Atlanta (Gucci Mane, André 3000, Ludacris, Big Boi, Shawty Lo, The-Dream). Et deux journalistes, Kelefa Sabbeh et Will Welch, l'ont accompagné de quelques commentaires sur le hip-hop d'Atlanta. Leurs textes sont courts et parcimonieux, mais pas inintéressants. Ils retracent l'ascension d'Atlanta, et plus généralement celle du rap du Sud. Ils expliquent que la force de la ville, c'est de ne pas être associée à un son unique mais, bien au contraire, d'avoir donné naissance à une pléiade de sous-genres. Et ils se penchent aussi sur des sujets plus spécifiques.

L'un d'eux, c'est la montée en puissance à Atlanta des timbres haut-perchés, ceux de Travis Porter et d'OJ da Juiceman, qui ont bousculé une tradition bien établie : celle des voix lourdes et sérieuses dans le rap. De courts paragraphes parlent aussi de sous-genres locaux comme la trap et la snap music, de concepts comme le swag, de rappeurs et de groupes comme Young Dro, Crime Mobb et Travis Porter, et d'une culture club fortement imprégnée de sexe et de violence, portée entièrement par des adolescents et pré-adolescents. Plus intéressant encore, un article parle du "white-boy swag", une fascination locale pour le style des rockeurs blancs, qui figurait déjà en arrière-plan de "Wasted", l'un des tubes de Gucci Mane, et que l'on reconnaît aujourd'hui, à la fin des années 2010, dans l'imagerie et la posture très rock star qu'affectionne la nouvelle génération de rappeurs.

Ces quelques textes apportent quelques éclairages sur la culture rap d'Atlanta, ainsi que sur son jargon. Ils permettent de mieux saisir le sens de mots et de morceaux popularisés aux échelles nationale et internationale, mais pas toujours intelligibles pour les gens extérieurs à Atlanta. Ils offrent un peu de valeur ajoutée à ce livre, dont les photos sont trop banales et trop peu esthétiques pour se suffire à elles-mêmes, et qui auraient grandement bénéficié de légendes plus étoffées.

Évaluer ce billet

0/5

  • Note : 0
  • Votes : 0
  • Plus haute : 0
  • Plus basse : 0

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet