Fake For Real

Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
Home

Aller au menu | Aller à la recherche

DREEZY - Schizo

, 23:45 - Lien permanent

Parce qu'elle est apparue à South Side Chicago au début des années 2010, c'est via le circuit de la drill music, la musique locale, que Dreezy s'est fait connaître. Son intérêt pour le rap la lia tout d'abord à l'une des papesses du genre, Sasha Go Hard, qui l'invita sur son "I Ain't No Hitta" en 2012. Puis elle collabora avec un autre acteur clé de ce mouvement, Lil Durk, le temps du morceau "Ghost". Enfin, en 2014, c'est avec un titre nommé d'après le surnom drill de Chicago, "Chi-Raq", qu'elle atteint la notoriété ; ou plus exactement, avec un remix de ce titre de Lil Herb et Nicki Minaj, où sa prestation éclipsait celle de cette dernière, un exploit.

DREEZY - Schizo

Autoproduit :: 2014 :: télécharger cette mixtape

Par la suite, toutefois, Dreezy élargit ses horizons : elle intervint la même année sur Nobody's Smiling, dernier album de la figure historique du rap de Chicago, Common. Et ses singles futurs, le sirupeux "Close to You", avec T-Pain, et le mélodieux "Body", avec Jeremih, révélaient une chanteuse R&B fleur bleue, plutôt qu'une représentante de la sauvage et abrasive musique typique de South Side.

Dreezy, en effet, n'a été une rappeuse drill que par accident. Ce n'était là qu'une de ses facettes. Son premier projet important, une mixtape qu'elle avait sortie juste avant "Chi-Raq", ne disait pas autre chose. Schizo, s'intitulait en effet ce projet qu'elle avait également failli nommer Seandrea Vs. Dreezy (Seandrea Sledge est le vrai nom de la rappeuse). Et pour cause, la jeune femme avait effectivement eu plusieurs vies : ses parents étant séparés, elle avait vécu, et dans les quartiers chauds, et dans les banlieues calmes ; bonne élève éprise de poésie, elle avait aussi appris à vivre dans la rue. Schizo s'efforçait donc de nous présenter ces deux Dreezy, la fille gentille et la vilaine. Et pour l'aider dans son entreprise, elle avait demandé le renfort de Wadell Brooks, alias D. Brooks Exclusive, un producteur drill music tout aussi schizophrène qu'elle, puisqu'il avait la particularité, rare en ces lieux, d'avoir été en parallèle un musicien classique.

Certaines plages de Schizo donc, jouaient de la corde sensible. C'était le cas de "The Realist". Même si Dreezy y était encore une rappeuse pas commode, on y entendait des confessions et les vocalises R&B de Ross Augusta. Ca l'était aussi du dépressif "Schizophrenia", du quasi spoken word de "Mind Game" et de ce "Dreamer Pt. 2" où elle retraçait son parcours. La tendance était à la confidence et à l'introspection. Et l'amour, aussi, était un thème central. Le tourbillonnant "Heard It All", par exemple, était une romance, et "Up & Down" une ode à la persévérance et à la résilience des sentiments. Quant à "Lonely", "Bad Habit" et "Truth Hurts", ils contaient au contraire des histoires d'amour déçu ou compliqué, la jeune femme disant, dans le premier, s'en consoler dans les bras d'un autre.

Mais d'autres passages de la mixtape frappaient avec violence ; avec beaucoup de violence, comme "All The Time", "Ain't For None" avec ses montées de tensions, ses cris, et la présence de King Louie (puis celle de Lil Herb et de Z Money dans une version alternative), "Break a Band", et bien sûr l'agressif "Zero", qu'elle expectorait d'abord en solo, puis en compagnie des deux autres grandes dames de la drill music, son amie Sasha Go Hard, et Katie Got Bandz. Dreezy rappant avec adresse et morgue, ces derniers titres seraient les plus marquants. Même si la face sensible de la rappeuse aboutissait parfois à de très bons titres comme "Bad Habit" et "Truth Hurts", la plus rude est celle qu'on aurait voulu encore entendre.

Une fois signée chez Interscope, la rappeuse ne perdrait pourtant pas tout à fait son mordant. En complément des mielleux "Close to You" et de "Body", elle parviendrait encore fin 2017, sur le faussement indolent "Spar", accompagnée de 6LACK et de Kodak Black, à cracher son fiel sur l'Amérique du président Trump.

Évaluer ce billet

0/5

  • Note : 0
  • Votes : 0
  • Plus haute : 0
  • Plus basse : 0

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet