DRAKEO THE RULER - Cold Devil

Le rap de Los Angeles a toujours été, plus ou moins, sous les projecteurs. Du fait de la taille de la ville, parce qu'elle est la capitale du divertissement, les rappeurs de la cité californienne n'ont jamais cessé de faire l'actualité. La dernière génération, cependant, mérite plus que d'autres toute l'attention qu'elle retient, du fait de son originalité et de son influence croissante. C'est évidemment le cas pour 03 Greedo. Mais ça l'est aussi pour son collaborateur Drakeo The Ruler, dont le Cold Devil, révélé à la toute fin de l'année passée et enregistré en quelques jours, entre deux périodes de captivité, aura été le dernier projet rap marquant sorti en 2017.

DRAKEO THE RULER - Cold Devil

C'est à ce moment-là que le pseudonyme de Darrell Caldwell a commencé à circuler massivement dans les cercles médiatiques. Mais localement, cela fait plus longtemps que ce garçon de South Central fait parler de lui. Cela a commencé en 2015, avec le succès "Mr. Get Dough". Ce titre attira alors l'attention d'une grande figure du rap local, DJ Mustard, qui en sortit une version rénovée, et qui associa le rappeur à son collectif, 10 Summers. Depuis, leurs liens se sont distendus (au point que les autorités accusent aujourd'hui Drakeo The Ruler d'avoir voulu assassiner RJ, un proche de Mustard), et le rappeur s'est retrouvé en prison, comme d'autres gens de sa bande, la Stinc Team. Cependant, son étoile n'a cessé de monter.

Et pour de bonnes raisons. Car ce que révèle Cold Devil, un projet découpé en deux parties (une en solo, et une autre avec des invités, dont les autres principaux représentants de cette scène, 03 Greedo, et Ohgeesy de la Shoreline Mafia), c'est un rappeur qui ne ressemble à aucun autre. Sa voix est basse, rauque, sinistre, et il mange ses mots, il marmonne sans se soucier du rythme, avec un vocabulaire qui lui est propre et d'une manière pas toujours intelligible, comme s'il ne parlait qu'à lui-même. Drakeo The Ruler, en fait, semble presque ne pas se soucier de ses auditeurs, ni même de la musique, comme sur "Big Banc Uchies", un saisissant titre introductif où il commence à s'exprimer avant même qu'elle ne démarre.

Et pourtant, l'effet est là. Ses vers récités sans efforts amplifient le mépris qu'il affiche pour ses rivaux. Ses refrains sont entêtants ("Hood Trophy"), sa voix, si distinctive, s'agence parfaitement à ses sons, une alternance de moments atmosphériques ("Backseat Bandit"), de minimalisme dépressif ("They Don't Know You") et de pianos ou synthés proéminents ("Neiman & Marcus Don't Know You", "Roll Bounce"), tout comme il complète le flow contraire, plus chantonnant, plus haut perché, d'un 03 Greedo, sur "Out the Slums" et sur "100", ou celui d'Ohgeesy, sur les également bons "Damn Daddy" et "Ion Know Nothing ". Si ces dernières années, vous vous étiez fourvoyés, si vous avez cru que les rappeurs de Black Hippy étaient ceux qui faisaient avancer la scène de L.A., ces gens vont vous remettre sur le bon chemin : celui de la rue.

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