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BERTRAND BOUARD - Lynyrd Skynyrd

, 22:55 - Lien permanent

C'est un style musical dont les racines s'enfoncent profondément dans le sol boueux du Sud, dans ces anciens Etats esclavagistes qui ont été la matrice de toutes les musiques afro-américaines. Cependant, c'est par des artistes issus de New-York et de Californie, ces sièges de l'industrie du diverstissement, qu'il s'est fait connaître à l'ensemble du pays. Mais le Sud, finalement, avec une décennie de retard, a su prendre sa revanche. Ses musiciens, d'abord snobés, d'abord considérés comme des attardés, l'ont emporté à force de travail, de talent et de proximité avec le public. Ils sont devenus, au bout du compte, le choix du peuple.

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Ce style musical, ce n'est pas le rap. En tout cas pas seulement. Cette histoire, en effet, c'est aussi celle du rock, dont la fraction sudiste est devenue très populaire au début des années 70. Et si les Allman Brothers en ont été à l'origine de cette mouvance, si, dans les années 80, ZZ Top a su la représenter en se pliant aux nouveaux codes en vigueur, aucun groupe ne l'a incarné aussi bien que Lynyrd Skynyrd. Les musiciens de ce collectif originaire de Jacksonville, en Floride, ont donné avec "Free Bird" et "Sweet Home Alabama" ses plus grands hymnes au rock sudiste, et quelques-uns de ses albums les plus aboutis. Par ailleurs, cette production musicale riche s'est doublée d'une carrière tragique, d'existences parsemées d'excès et, en 1977, marquées par l'accident d'avion qui aura coûté la vie à trois membres du groupe (dont les plus importants, Ronnie Van Zant et Steve Gaines), et brisé tous les autres, physiquement et/ou psychologiquement.

L'épopée de Lynyrd Skynyrd, c'est en effet une histoire américaine, celle de braves gars un peu rustres et méprisés (pas assez branchés pour les hippies, trop hippy pour les rednecks), mais qui finit en tragédie grecque, avec le drame de l'avion, le trou d'air des années 80, et cette reformation qui, en dépit du succès, n'a jamais fait honneur à la grandeur passée du groupe. C'est un parcours digne d'un roman, et qui méritait donc un livre en français, une tâche à laquelle s'est attelé Bertrand Bouard. Ce dernier, critique musical, notamment pour Rock & Folk, s'est efforcé de retracer leur carrière, puisant sa matière dans des ouvrages rédigés en anglais, et sur des témoignages, parfois divergents, des rockeurs et de certains proches.

Le format est assez classique. Le récit, écrit avec une plume fluide, ressemble de près au scénario d'un biopic. Après une introduction qui raconte les dernières heures de ces femmes et de ces hommes avant le vol fatidique qui bouleversa (voire mettra fin à) leur vie, Bouard suit un déroulé chronologique, alternant épisodes biographiques et descriptions critiques de leurs différents titres, de leurs divers albums. C'est l'histoire haute en couleur, mille fois lue mais toujours pleine d'anecdotes croustillantes, d'un groupe de rock 'n' roll, d'une joyeuse bande de jeunes gens talentueux mais dysfonctionnels, qui s'adonnent aux excès de la drogue et de la boisson, et qui finissent par se déchirer et par s'autodétruire.

C'est aussi une mise au point sur le groupe, et sur les méprises le concernant. Souvent dédaigné, jugé lourdaud, il a depuis largement été réhabilité, et Bertrand Bouard va dans ce sens : il rappelle la diversité de leurs influences, le rock anglais, mais aussi les musiques de leur Sud d'origine, noires et blanches ; il souligne bien sûr la subtilité de leurs arpèges de guitare ; et il insiste à multiples reprises sur les talents de songwriter de leur leader, Ronnie Van Zant. En plus, l'auteur s'efforce aussi de dissiper une fois pour toutes le malentendu provoqué par leur image de pèquenauds racistes, prompts à proclamer leur fierté sudiste et à arborer le drapeau confédéré. Il présente au contraire, chez Ronnie Van Zant, un homme dans la lignée des idéaux progressistes des hippies, et un musicien plutôt proche des Afro-américains, influencé par leur musique et conscient de son importance. Il le dépeint aussi en militant anti-armes. Et il blâme son jeune frère Johnny, son remplaçant quand le groupe s'est reformé, d'avoir embrassé la caricature réactionnaire qui avait été faite du groupe, plutôt que de l'avoir combattue.

Bien vite ringardisé quand l'accident a tué ses membres les plus doués, et que le punk et la new-wave ont débarrassé le rock de ses attaches avec l'Amérique traditionnelle, Lynyrd Skynyrd a néanmoins vite eu un mérite, qui transparait à la lecture de ce livre. Ne s'embarrassant pas de chichis et d'artifice, comme l'illustrent les pochettes souvent sobres et dépouillées de leurs albums, ainsi que leur look peu sophistiqué ou leurs occupations simples (boire, pêcher…), ce groupe aura été sans doute, parmi les plus honnêtes et attachants du rock américain.

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