KILLER MIKE - I Pledge Allegiance to the Grind II

En 2008, Killer Mike n'est pas au sommet de sa notoriété. Après un début de carrière sous le meilleur patronage qui soit, celui d'Outkast, et avant d'être signé sur le Grand Hustle Records de T.I., de vivre une nouvelle jeunesse avec El-P et de s'afficher auprès de Bernie Sanders, le rappeur d'Atlanta se retrouve pour un temps dans un no man's land musical, pendant lequel il sort ses albums sur son propre label, Grind Time Official. Cette période, cependant, est peut-être la meilleure pour Michael Render, avec la sortie des I Pledge Allegiance to the Grind, dont la seconde édition en 2008, expurgée de collaborations trop nombreuses, mériterait d'être considérée comme sa grande œuvre, bien avant l'hystérie critique autour de Run the Jewels.

KILLER MIKE - I Pledge Allegiance to the Grind II

Il y a tout de même des invités prestigieux sur cet album. Le titre "Pressure", par exemple, fait une place à Ice Cube. Rien de plus logique, au fond, que la présence de l'ancien N.W.A. Killer Mike en est un héritier, il a repris d'une main ferme le flambeau du gangster en colère, celui du voyou orgueilleux à la conscience sociale exacerbée. De sa voix tonnante, il psalmodie, il déclame, il admoneste, dès une introduction en forme de sermon où il invite ses auditeurs à se prendre en main. Fidèle à son nom, il tue tout au micro, se lançant avec hargne dans une suite d'assauts verbaux. C'est le cas sur "Pressure", une charge contre le pouvoir blanc et contre les Noirs qui s'y soumettent, encadrée par deux discours de Malcolm X. Cela se vérifie aussi sur "Can You Hear Me", où la délinquance est présentée comme une revanche sociale : "on a pris le crack", y dit-il, "et on l'a mis dans le rap ; maintenant tes gosses s'envoient en l'air avec ça".

Killer Mike, toutefois, se distingue de son aîné par une caractéristique capitale : s'il est l'ultime activiste politique du rap, il représente aussi le Dirty South. Son tropisme sudiste saute aux yeux sur I Pledge Allegiance to the Grind II, à travers de multiples éléments. Il y rappe, parfois en double-time, sur une musique synthétique criarde, étincelante et enflammée, qui ne dépareillerait pas sur un album de Jeezy, un rappeur dont Killer Mike reprend souvent la posture de dealer qui travaille dur. Les histoires du grand finale "City of Dope", par exemple, prennent place dans le même contexte criminel que celui de la trap music. Les quelques autres voix présentes sont celles de rappeurs emblématiques du Sud comme 8Ball & MJG, Chamillionaire et Shawty Lo (UGK, Trae et Yo Gotti, finalement absents, ont failli y figurer aussi). Il joue de sons screwed avec un vieux vers de Biggie sur "10 G" ; la musique de "Bang" penche du côté du club ; "Super Clean/Super Hard" est un pur exercice de pimpologie ; une femme noire nue et lascive orne le CD, comme sur ceux d'Outkast ; et sur "Big Money, Big Car", le rappeur recycle les paroles du grand classique des Geto Boys, "Mind Playing Tricks On Me".

Ce dernier titre est une ode légère au matérialisme. Et il est aussi une pause au beau milieu d'un disque marqué par le sérieux et la fureur de Mike le Tueur. Des pauses, des changements de direction, le rappeur en offre assez, tant dans ses textes que dans sa musique, pour que son album soit respirable, pour qu'il ne soit pas trop monolithique. "Can You Hear Me?", par exemple, pioche dans la pop sirupeuse des années 80. L'ensoleillé "Woke Up This Morning", un morceau sur sa copine, lorgne légèrement du côté du reggae. Et "Pressure", le titre avec Ice Cube, sonne logiquement très californien. Mais c'est bel et bien quand il exploite son registre habituel que Killer Mike est le plus concluant, quand il exprime sa rage, mais qu'il entretient également un vieux fond de religiosité, lui aussi typique du Sud. Cette influence biblique sera plus visible encore avec la série des "Sunday Morning Massacres", dévoilés la même année. Mais elle est déjà manifeste sur un puissant "God In the Buildings" propulsé par des chœurs gospel, où le rappeur s'emploie à réconcilier Dieu avec l'enfer du ghetto, où il relaie la colère divine. Il y lance aussi ces quelques mots qui résument son caractère possédé et prophétique : "si Jésus revenait, mère, devine donc où il serait ; probablement dans les rues, avec moi".

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