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THE STREETS - Original Pirate Material

, 23:06 - Lien permanent

A qui doute encore que le Royaume-Uni est l'un des pays qui a su le mieux adapter le rap à son univers culturel – pas l'acclimater comme partout ailleurs, mais vraiment le changer en autre chose, le transfigurer – le premier album de The Streets le démontre. Originaire de Birmingham, Mike Skinner est en effet un enfant de son pays, autant, sinon plus, qu'un héritier des rappeurs américains.

THE STREETS - Original Pirate Material

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Côté sons, c'est d'abord sur les musiques britanniques du nouveau siècle, UK garage, two-step, dubstep, que s'exprime notre homme, plutôt que sur du bon vieux boom bap new-yorkais ; il pose sa voix sur des nappes, sur une électronique transbahutée des clubs jusqu'à sa chambre, ou bien, plus marginalement, sur ces sons jamaïcains si appréciés Outre-manche ("Let's Push Things Forward").

Côté paroles, avec sa chronique de la vie ordinaire des jeunes des Midlands, avec ces écrits autobiographiques amers, nostalgiques ("Weak Become Heroes") ou dépressifs (le magnifique "Stay Positive"), avec ses histoires de filles, de drogue, de junk food, de jeux vidéo et de désœuvrement, il prolonge la vieille tradition anglaise du commentaire social caustique à la Ray Davies, Specials et Billy Bragg. Il nous propose notamment quelques saynètes mémorables, comme cette discussion imaginaire entre un adepte de weed et un hooligan enivré, s'opposant sur les risques respectifs de leurs drogues de prédilection ("The Irony of It All").

Avec son débit plus parlé que saccadé, Mike Skinner donne davantage dans la spoken poetry que dans le rap, se positionnant comme le poète de l'Angleterre post-rave, tout comme John Cooper Clarke avait été celui de l'après-punk. Et comme chez ce dernier, la musique, qui paraît d'abord fonctionnelle, secondaire, vectrice d'ambiances, s'avère absolument décisive au fur et à mesure des écoutes.

Tout, chez The Streets, renvoie donc à son pays. Il use de l'accent cockney, il dit plus facilement "oï" que "yo", et il prend un malin plaisir à ne pas singer les modèles d'Outre-Atlantique. "Around here we say birds, not bitches", proclame-t-il d'ailleurs, sur le bien nommé "Let's Push Things Forward", se moquant de l'argot américain que certains ont bêtement cherché à importer dans la musique locale.

Si seulement les innombrables apprentis rappeurs d'Europe avaient retenu la leçon… Mais il n'est pas dit, malgré l'accueil critique favorable reçu en son temps par Original Pirate Material, qu'ils aient tous eu le loisir d'écouter ce quasi-rap so british, si délicieusement bâtard, si métissé, si différent de ce qu'ils connaissent.

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