Arista / BMG :: 2000 :: acheter cet album

"Bombs over Baghdad", improbable cocktail de rythmiques drum'n'bass, de flow hypersonique, de guitares heavy et de chœurs d'enfants guerriers, retour heureux à l'esprit du Bomb Squad, n'avait pas trompé sur la marchandise. Pas plus que "Ms. Jackson", un second single imparable, mélange époustouflant entre un piano, un fond musical synthétique et les voix soul chères à OutKast. Stankonia, leur quatrième album, était bien LA bombe, un classique bluffant et évident comme il en est sorti finalement peu, même dans les périodes les plus fastes pour le rap.

Pour l'occasion, Andre 3000 et Big Boi s'étaient inspirés en partie de la rave culture. Mais assimilées, digérées, cuisinées à la mode sudiste, ces influences ne ressemblaient à rien de connu. Dans quel genre, en effet, ranger l'inquiétant "Gangsta Shit" et ses voix d'outre-tombe ? Ou un "Slum Beautiful" bizarrement surmonté par la voix d'un toaster ? Ou encore les zigouigouis synthétiques qui pointaient leur nez sur "I Call before I Come" ? Et les divagations de "Snappin and Trappin" ? Et que dire de la fin instrumentale, libre et étonnante, de "Question Mark" ? Etait-ce de la blip music, ou l'ultime mutation de l'electro rap d'autrefois ?

Le duo n'avait pourtant rien renié de ses racines soul et funk. Certains titres, forçant sur les voix de fausset, portaient ses traces, comme "Spaghetti Junction" et "Humble Mumble", merveille up-tempo accompagnée par Erykah Badu. Le duo faisait aussi son marché du côté du rock, jouant de guitares fuzz sur "Gasoline Dreams". Leur label avait bien essayé de leur interdire ces instruments, mais les deux rappeurs s'étaient montrés intraitables. OutKast avait aussi éparpillé quelques nuances jamaïcaines, sur "Slum Beautiful" et "Snappin and Trappin".

Et au final, il était impossible d'identifier un seul défaut sur ce Stankonia hors catégorie. Et quand bien même il y en aurait eus, qu'auraient-ils pesé face à l'estocade finale, au sublime, à l'affolant, à l'impensable "Stanklove", longue merveille soul et surréaliste ? Pris entre un hip-hop expérimental de plus en plus blanc et un rap noir de plus en plus sclérosé, OutKast écrasait décidément toute concurrence. Libre, inventif, décomplexé, le duo confirmait, encore et encore, qu'il était infaillible, comme aucun groupe hip-hop ou presque ne l'avait été avant lui.