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GENIUS / GZA - Liquid Swords

, 16:13 - Lien permanent

Il avait donc gardé le meilleur pour la fin. Après Tical, Return to the 36 Chambers et Only Built 4 Cuban Linx, tous des succès public et critique, tous meilleurs que le précédent, on aurait pu penser que RZA avait lancé ses meilleures flèches, qu'il avait livré ses productions les plus abouties, que les premiers rappeurs du Wu à s'exprimer avaient été les mieux servis. Mais non, ses sons les plus affutés, le beatmaker les avait réservé à son cousin Gary Grice, alias The Genius, alias GZA.

GENIUS / GZA - Liquid Swords

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Ce rappeur-là était sûrement moins expansif que Method Man et Ol' Dirty Bastard. Perçu comme l'intellectuel du groupe, le Genius n'avait pas leur personnalité fantasque, il ne partageait pas leurs frasques. Il n'avait pas non plus leur flow cartoonesque. Son phrasé était plutôt du genre calme, précis, articulé, ses rimes complexes et subtiles, sa nature intériorisée, son attitude sérieuse et grave. Ses métaphores, bâties sur les thèmes du jeu d'échec (à la ville, GZA le pratique assidûment), et bien sûr du kung-fu, étaient spécialement travaillées. Ses textes, de son propre aveu, lui nécessitaient plusieurs jours de préparation et de révision.

Menaçant, lourd, orageux, son style collait cependant mieux qu'aucun autre aux sonorités atmosphériques de son cousin. Il permettait au RZA d'explorer ses tendances les plus expérimentales, son goût pour les bizarreries sonores ainsi que sa capacité à transformer le moindre sample soul en quelque chose d'inédit et de dérangeant. Ensemble, ils allaient exercer leur talent sur une instrumentation gothique et d'une beauté glaciale, sur des basses lourdes, dans une ambiance cinématographique renforcée, comme toujours avec le Wu-Tang Clan, par des extraits de films d'arts martiaux asiatiques, principalement Shogun Assassin.

Liquid Swords emmenait l'auditeur sous des climats improbables, ceux qui sévissent dans les rues dangereuses de New-York (la poésie noire de "Cold World"). Il révélait un cocktail idéal de mélodies improbables ("Gold", "Investigative Reports"), de soul malmenée et régénérée (la voix d'Ann Pebbles sur "Shadowboxin'"), de cuivres hostiles ("I Gotcha Back"), de sons froids et synthétiques ("Hell's Wind Staff / Killah Hills 10304"), et de titres hypnotiques, comme le tout premier, "Liquid Swords", et "4th Chamber", le seul véritable tube d'un disque qui n'en compte aucune autre, mais rien que des grands morceaux.

En effet, Liquid Swords est l'un des rares classiques du rap sans le moindre temps mort, sans défaut, sans remplissage. Rien, absolument rien, n'était superflu sur ce disque. Surtout pas les extraits de films. Pas même les interventions, mesurées, dosées à la perfection, des autres membres (ou proches) du Wu-Tang Clan, par exemple Masta Killa et Inspectah Deck sur la basse très pesante de "Duel of the Iron Mic", Ghostface, Killah Priest et le RZA lui-même sur l'incendiaire "4th Chamber", ou l'affilié Killah Priest sur le magnifique "B.I.B.L.E.", une digression, une anomalie, avec son thème religieux, mais aussi une conclusion parfaite.

Avec Ol' Dirty Bastard, l'autre cousin, le RZA et le GZA avaient planifié leur projet de super-groupe après des expériences malheureuses avec leurs premières maisons de disque. Au début des années 90, en effet, le Genius avait sorti un premier disque, Words from the Genius, qui n'annonçait en rien l'excellence du second, et qui était passé inaperçu. Née de ces échecs passés, l'aigreur des deux rappeurs s'exprime d'ailleurs sur Liquid Swords, sur le titre "Labels". Les deux hommes avaient manifestement à cœur de démontrer que le terme de "génie", par lequel l'un d'eux avait eu l'audace de se désigner, n'était pas un vain mot. Et ils l'ont fait. Ils y sont parvenus. Au-delà de toutes les espérances. En sortant ce qui pourrait bien être le plus grand album de l'histoire du hip-hop. Rien de moins.

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