MUTAMASSIK - Masri Mokkassar / Definitive Works

Quel est l’ennemi de la portion frileuse et paranoïaque de l’Amérique en ces années 2000 ? L’Arabe bien sûr. Et quel est donc le meilleur moyen pour un rappeur d’aller une nouvelle fois à contre-courant de cette Amérique frileuse et paranoïaque, après avoir joué au gangster et au mac ? C’est de valoriser la musique arabe. Dans le genre, Côté Ouest, nous avions eu la musique métissée d’Andre Afram Asmar, pas toujours très convaincante malgré quelques morceaux d’anthologie avec l’inénarrable Circus des Shapeshifters. Côté Est, depuis l’année dernière, nous avons Giulia Loli, alias Mutamassik. Et s’il faut comparer ces deux adeptes d’une fusion entre hip-hop et musique arabe, sans conteste, la seconde se montre la plus probante.

MUTAMASSIK - Masri Mokkassar / Definitive Works

Notre DJ, il est vrai, est loin d'être une opportuniste. Elle est active depuis la fin des années 90, et elle jouit d’un carnet d’adresse solide, qui lui a permis de collaborer avec Arto Lindsay, entre autres, et de proposer un "Gulf Rock Mix" convaincant sur la compilation Colapsus du label Sound Ink. C’est sur ce même label, celui de MF Doom / Viktor Vaughn, qu’elle a sorti l’an passé ce premier album. Originaire de la communauté italienne d’Egypte (celle d’où était issue Dalida, dans un tout autre genre), Giulia connaît son affaire. Sur ce disque, elle a concentré des années de travail. Elle a repris les percussions savantes, les grandes envolées de violon et même les youyous du Maghreb et du Proche-Orient et elle les a modernisés à grand renfort de trifouillages électroniques, de rythmes drum'n'bass, de scratches et de rappeurs.

Mais jamais, cela ne ressemble à de la guimauve world music. Manifestement, Mutamassik a voulu respecter la musique originale. Elle l’a dépoussiérée sans la dénaturer, elle ne s’en est pas servie comme d’un simple faire-valoir exotique. Ça ne sonne pas vulgaire ni grossier. Au contraire, s’il y avait un reproche à faire à ce disque, ce serait à l’inverse d’être trop cérébral, de donner parfois dans ces sons de laboratoire auxquels se résume trop souvent la musique électronique. Écoutée d'un seul tenant, sa formule peut en devenir lassante. Il se dégage toutefois quelque chose de plaisant de "War Booty" et de "Babomb", par exemple. Et les amateurs de hip-hop pourront se satisfaire de la prestation de 4th Pyramid sur le redoutable "High Alert A'al Geddu", le titre qui se rapproche le plus d’un tube sur ce disque singulier.

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