LUCKYIAM.PSC - Justify the Mean$

Justify the Mean$, ce n’est pas seulement un disque de Luckiyam. C’est aussi celui du musicien qui se fait appeler Gandalf, quand il efface son identité de MC derrière celle de producteur. En plus de rapper ponctuellement dessus, Eligh produit l’intégralité de l’album, et sa présence est décisive. Elle transfigure le rap bonhomme et classique de Luckyiam, elle sauve ces thèmes rabâchés, condamnés sans lui à être déclinés sur ces boucles basiques et sans prétention qu'on entend trop souvent chez les Living Legends. Rarement ces petits beats, qui oscillent entre un jazz cool et des sons synthétiques sautillants, ont trouvé meilleure compagnie.

LUCKYIAM.PSC - Justify the Mean$

Que Luckyiam s’exprime sur sa vision de sa carrière de rappeur ("Highway Serenity", "Watch What We Say"), sur l’esbroufe de certains rappeurs ("Can’t Deny This", "TakingovaDis"), sur ses frustrations ("Unsatisfied"), sur ses failles ("Not Perfect", en compagnie d’une Tenashus déjà aperçue au côté de Blackalicious), sur ses relations difficiles avec des êtres chers, sur son statut de père ou sur les cigarette magiques ("SmokeOUT"), qu’il donne dans un égo-trip doux ("Come Along") ou énervé ("SHUT UP!"), Eligh trouve toujours le son adéquat, avec une attention pour le détail qui fait la différence, comme le petit emballement drum'n'bass au milieu des indolents "Highway Serenity" et "Play This", ou encore cet habile sample de voix sur "Come Along".

Bien produit, cet album de Luckyiam n'échappe pas tout à fait au défaut habituel chez les Living Legends : la prodigalité. C'est d'ailleurs pour cette raison, qu'il est si ardu d'identifier le chef d’œuvre du collectif californien. Même leurs disques les plus réussis sont pénalisés par le remplissage. Cette fois pourtant, sur Justify the Mean$, malgré ses 72 minutes de long, ça tient. C’est raisonnable. Seuls quelques titres ("If I Do", par exemple) s'avèrent franchement en trop.

Et puis surtout, il y a "Fuck Heroes". Bon Dieu, "Fuck Heroes" ! Un posse cut, cette tradition usée, ce prétexte à maintes et maintes litanies sans fin. Eh bien ce posse cut interminable avec Luckyiam, Eligh, Murs, Sunspot Jonz et Slug (quel rappeur tout de même ce Slug, quand il s'y met...), on souhaiterait pourtant qu’il se prolonge encore, qu’il devienne pérenne, qu’il soit éternel, que cette bête boucle géniale, que ces petites notes étranges et entêtantes, que ces percussions, que ces scratches et que les cinq rappeurs en verve qui s'y succèdent ne s’arrêtent jamais, que le "bye bye" final de la fillette de Luckyiam devienne un "hey guys, let’s start again".

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