GORILLAZ - Demon Days

Il y a quatre ans, quand le premier Gorillaz est sorti, cela ressemblait fort à un tiercé gagnant. Pour accompagner Damon Albarn dans ses nouvelles aventures, quoi de plus sexy sur le papier que Dan "The Automator" Nakamura et Del Tha Funky Homosapien ? Et de fait, les trois compères avaient su produire ensemble une poignée de tubes bien calibrés qui, célébrité du chanteur de Blur aidant, avaient conquis le grand public. Six millions d’exemplaires écoulés, tout de même. Au passage, je ne me suis toujours pas remis d’avoir entendu à plusieurs reprises mon bon vieux Del en fond sonore en pleines emplettes chez Auchan. Pour ce second disque, le casting a changé et s’est étendu. Del n’est plus là. The Automator non plus, il est remplacé par Danger Mouse, ce qui est a priori bien moins affriolant. Pourtant, tout album grand public qu’il est, ce Gorillaz est bien. Il est même plutôt meilleur que son prédécesseur.

GORILLAZ - Demon Days

Avec Gorillaz, Damon Albarn se frotte une fois encore au hip-hop. Mais il n’est pas assez stupide pour changer de métier. Il chante, laissant les raps aux professionnels invités pour ça, et l’album respecte un format pop finalement proche de celui de Blur. Les jolies mélodies de "Last Living Soul" , "O Green World", "El Manana" et "Every Planet We Reach Is Dead" en attestent, malgré ce petit côté funky en plus, manifeste sur l’excellent single "DARE". Toutefois, avec l’aide de ses copains, Albarn a su ingérer dans le même temps des décennies de funk et de hip-hop, et restituer tout cela en version condensée, en retenant les éléments les plus catchy. Comme il avait su faire avec la pop anglaise dix ans plus tôt, à l’époque de Parklife.

C’est ainsi qu’on aboutit à un tube, "Feel Good Inc", à la saveur très outkastienne. Ou à un "Dirty Harry" qui regroupe en moins de quatre minutes le funk de Sly Stone, du hip-hop old school façon "The Message", des cordes et un phrasé rap plus contemporain. La musique de Prince apparaît également par endroits. Et en bons pionniers de la convergence pop / rap, De La Soul ne sont pas loin non plus. Ils sont même sur l'album, carrément. Ainsi que Dennis Hopper, Shaun Ryder, MF Doom, Neneh Cherry, Roots Manuva, Martina Topley-Bird, des chœurs gospel, Ike Turner, j’en passe et des meilleurs,… Mais bon, personne n’a jamais douté du carnet d’adresses et de la capacité de rassemblement d’un homme aussi exposé qu’Albarn.

L’étonnant, c’est plutôt que tout cela tienne debout. Et qu’en dépit d’une rotation intensive des singles sur toutes les radios (et dans tous les Auchan), le dégoût ne pointe pas trop. Il y a même quelques titres franchement exceptionnels, comme ce "All Alone" très électronique où se succèdent les raps d’un Roots Manuva au meilleur de sa forme et des susurrements signés Martina Topley-Bird à faire regretter violemment l’époque de Maxinquaye. Alors évidemment, nous ne sommes pas certains pour autant d’écouter encore ce disque dans des années. Mais nous sommes infiniment plus heureux d’entendre ça sur les radios grand public que, au hasard, Calogero, ou la dernière sensation de rap français. Et si en plus de ça, grâce à ce disque, des gosses entendent parler de MF Doom ou Roots Manuva, et bien c’est tout bénéf'.

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