DJ SHADOW - The Private Press

Six années, rien que ça, ont séparé The Private Press d’Endtroducing. Un temps largement suffisant pour changer d'époque. L’écran de fumée trip hop dissipé, la filiation rap de DJ Shadow pleinement reconnue après force sorties et rééditions de ses compères de Quannum / Solesides, l’avènement d’une nouvelle génération de rappeurs indépendants chez qui son influence apparaît en filigrane et la résistance au temps d’Endtroducing ont largement préparé le terrain de ce deuxième album.

DJ SHADOW - The Private Press

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Toutefois, les motifs d’inquiétude ne manquaient pas. A bien y regarder, les sorties les plus captivantes du crew Quannum ne sont pas forcément les plus récentes, mais plutôt celles rééditées sur l'impeccable Solesides Greatest Bumps. A l’instar du décevant Spectrum, DJ Shadow pouvait multiplier les featurings et les crossover inutiles, donner dans la grand messe et inviter, une fois encore, des Souls of Mischief fatigués ou des Jurassic 5 inoffensifs. Comme Blackalicious sur Blazing Arrow, il pouvait tomber dans le piège du rap adulte. Il pouvait enfin jouer à la baudruche, comme avec James Lavelle sur le disque d’UNKLE.

Mais voilà, The Private Press vient de sortir, et ce nouvel album, réussite intégrale, n’a rien de Psyence Fiction. Il en est l’exact contraire. Homogène, constant, il apparaît aussi plus austère et moins gargantuesque qu’Endtroducing. Pas d’appât comme "Organ Donor" ou le mélancolique "Midnight in a Perfect World" cette fois. Seuls "Six Days" et "Blood on the Motorway" (et ses faux airs de Van Morrison) peuvent être qualifiés d'immédiats, sans doute parce qu’ils sont chantés.

Dans la lignée de l'annonciateur "You can’t Go Home Again", le reste de l’album est fait d'instrumentaux brillants. Des titres souvent psychédéliques, mais aussi plus cérébraux et moins sensuels que par le passé, jusqu'à rappeller Req dans certains moments (cf. "Monosyllabik"). Les détracteurs de Shadow, ceux qui croient reconnaître en lui l’équivalent rap des rockeurs progressifs, auront certes toujours beau jeu de dénoncer ses samples de virtuose et ses instrumentaux tarabiscotés, mais ils devront aussi reconnaître que l’emphase qu'ils regrettaient sur certains de ses travaux est aujourd'hui moins présente.

Six ans de discrétion en solo pouvaient marquer tout autant un manque d’inspiration qu'une volonté de perfectionnisme. L’écoute de The Private Press montre que la deuxième hypothèse était la bonne. DJ Shadow convainc avec un second album abouti, auquel on souhaite la même postérité qu’Endtroducing.

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