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LIL BABY - Counted Up in the Dark

, 22:45 - Lien permanent

Pour ceux qui ne l'auraient pas encore remarqué, le temps des critiques et du contenu éditorial est révolu. Même si des gens issus de la vieille génération persistent dans cette voie (ici même, par exemple), il est devenu superflu de donner son opinion sur la musique, en tout cas par un texte écrit, vu qu'il suffit de faire circuler des liens qui permettront à quiconque de juger sur pièce. La jauge de la musique, autrefois, c'étaient des amateurs éclairés ou des professionnels du journalisme musical. Aujourd'hui, ces gens ne servent plus à grand-chose. L'unité de mesure, c'est la vitesse et la fréquence avec lesquelles une vidéo ou un lien Soundcloud circulent sur les réseaux sociaux. Voilà donc pourquoi il est si difficile de se documenter sur Lil Baby. Même si, à droite, à gauche, on a vu des gens vanter son projet, Counted Up in the Dark, presque rien n'a été écrit à son sujet.

LIL BABY - Counted Up in the Dark

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Tout juste sait-on qu'il est basé à Detroit, et qu'il n'est donc pas confondre avec un rappeur du même nom, apparu lui aussi ces derniers temps, mais à Atlanta, dans l'ombre de Young Thug. Ce Petit Bébé là, ce sont les artistes émergents de la scène rap de sa ville, l'une des plus excitantes du moment, qu'il fréquente : par exemple des gens associés à la sulfureuse Team Eastside, comme Babyface Ray, qui collabore à "Under Dog", en plus d'un certain Baby Money (à Detroit, visiblement, on aime les nourrissons…). Et s'il restait un doute sur l'affiliation de Lil Baby, la musique parlerait d'elle-même. Elle est fidèle au son caractéristique du Detroit contemporain : son inspiration est d'essence sudiste (oubliés les Eminem et les Royce da 5'9" d'autrefois), mais dans une version plus rêche, plus sèche, plus clinique et plus véloce, comme le démontre un titre comme "Huh" ou, de manière bien plus éclatante, le saisissant posse cut final intitulé "Deep Thought".

Les thèmes sont ceux, nourri de l'esprit de bande, de l'agressivité et de la paranoïa du rappeur délinquant. Mais ils sont parcourus d'un spleen subreptice, véhiculé par un rap marmonné qui semble aussi fatigué qu'orgueilleux. Cette mélancolie est là même quand les préoccupations se montrent exclusivement vénales, comme sur "Fast Money". Lil Baby nous parle d'un quotidien de dealer, mais sans le glamour qui lui est prêté ailleurs. Au contraire, il semble comme désensibilisé par son "métier", il est confronté à des gens déshumanisés par l'argent. C'est particulièrement marquant sur les titres les plus lents, les plus pesants, comme le "Under Dog" déjà cité, l'un des meilleurs moments du projet.

Et c'est là, malheureusement, tout ce que nous pourrons vous dire sur Counted Up in the Dark, sinon qu'il a été, en 2017, l'un des albums les plus marquants de la scène rap la plus marquante. Mais n'est-ce pas tout ce qu'il faut en retenir ?

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