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YOUNG THUG - Slime Season

, 23:12 - Lien permanent

Young Thug enregistre des titres comme d'autres respirent, au point qu'il en est parfois difficile à suivre. Cela a été le cas plus tôt cette année quand, au moment où il sortait Barter 6, une centaine de titres du Rich Gang, alias Rich Homie Quan et lui-même, ont été piratés et se sont retrouvés sur le Net. Quand la mixtape suivante, Slime Season (sa première édition tout du moins, les choses vont si vite qu'une suite vient tout juste de paraître), a finalement officialisé certains de ces titres, il s'en est trouvé pour s'en plaindre, ou pour se lamenter que ce nouveau projet ressemblait trop à une compilation sans cohérence. Mais en vérité, il faut se réjouir que Thugga ait voulu les sortir en bonne et due forme, plutôt que de les laisser dans l'état de chutes de studio. Car beaucoup en valaient la peine.

YOUNG THUG - Slime Season

Autoproduit:: 2015 :: télécharger la mixtape

Donc oui, Slime Season est une compilation, plutôt qu'un projet en soi. Le contenu est inégal et les morceaux datent de stades distincts de l'évolution très rapide de Young Thug. Le premier d'entre eux "Take Kare", en témoigne, qui est une collaboration avec son idole Lil Wayne, et donc un titre qui date, vu que les deux hommes sont maintenant fâchés à mort. Et il n'y a pas de vrais ponts entre ce titre, bâti sur une musique lente et nimbée signée London on da Track (qui produit l'essentiel de la mixtape), et les deux suivants, un "Quarterback" structuré autour d'un beat trap minimaliste et épuré de Sonny Digital, et un exalté et relevé "Rarri", produit par Southside. Ces trois titres, balancés vite fait au début, comme pour s'en débarrasser, sont aussi ceux où Young Thug est accompagné, puisqu'après Weezy, interviennent Quavo, Offset et PeeWee Longway, puis Young Ralph.

Mais après cette entrée en matière, ce n'est plus le show que d'un seul homme, qui enfile quelques jolies perles : sur "Stunna", on redécouvre le fou furieux que nous avaient révélé 1017 Thug et Black Portland, avant qu'il ne s'assagisse avec le Rich Gang ; sur les petites notes irrésistibles de "Best Friend", une démonstration éclatante de son génie excentrique, le morceau le plus célébré de Slime Season, il est juste fabuleux ; "Power" et "No Way", où la musique reprend la retenue relative qui caractérisait Barter 6, auraient mérité leur place sur ce projet ; et en toute fin, avec "Wanna Be Me", sur une mélodie échappée de Noël, le rappeur fait preuve d'une plasticité verbale hallucinante et sans borne, autotune à l'appui.

Cette mixtape a pourtant un gros et long coup de mou en son centre. Et ses titres sont parfois trop éclectiques, en effet. Mais sur beaucoup, on retrouve le Young Thug habituel, c'est-à-dire rien que de l'inhabituel, avec ces textes qui s'échappent souvent du rap pour partir en chansons, en murmures, en grognements ou en onomatopées, et dont l'interprète est pourtant toujours possédé, où il sonne toujours juste, où il porte tout, à lui tout seul. Il y en aura sûrement toujours pour reprocher à Slime Season de n'être qu'un en-cas, un projet annexe, dans l'attente éternelle d'un vrai album, le Metro Thuggin' annoncé autrefois mais dont il n'est plus question aujourd'hui, ou bien le futur Hy!£UN35. Mais au fond, sommes-nous certains qu'ils seront (ou seraient) meilleurs que ce Slime Season qui apporte déjà beaucoup, beaucoup de satisfactions ? Non. Alors ne boudons rien de notre plaisir.

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