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FATHER - Who's Gonna Get Fucked First?

, 22:56 - Lien permanent

Awful Records, qui depuis 2014 a attiré l'attention des blogs et autres médias avec son approche particulière du rap, a une figure de proue, et celle-ci répond au nom de Father (voire Fatheraintshit, à l'occasion). Le rappeur et producteur a fondé ce label et collectif, et il est celui par qui la sensation est arrivée, grâce à "Look at Wrist", un single où il partageait le micro avec iLoveMakonnen et Key!, deux autres représentants de cette génération d'artistes bizarres issus de la capitale de la Géorgie et que, par raccourci journalistique, on a appelé le New Atlanta. Il avait ensuite sorti, en septembre, le projet Young Hot Ebony. Mais c'est six mois plus tard qu'il a concrétisé pour de bon, avec l'album Who's Gonna Get Fucked First.

FATHER - Who's Gonna Get Fucked First

Awful Records ‎:: 2015 :: acheter le disque

Ce disque est son meilleur, et il pourrait être aussi le manifeste du style Awful Records, parce qu'en plus du Father fondateur, s'y présentent d'autres membres : Ethereal, Richposlim, Stalin Majesty, Keith Charles Spacebar, le Blanc du lot, un Slug Christ ici presque supportable, et ses deux filles, Abra et Tommy Genesis.

On y trouve aussi le cœur de la veine particulière explorée par le collectif, à la convergence de plusieurs tendances du rap moderne : celle de Lil B, pour l'aspect halluciné et ce rap que Father déclame sur le mode de la conversation ; celle d'Odd Future, pour sa posture de nerd et de jackass plutôt que de gangster, pour ses instrumentaux sombres et obtus, et pour son goût pour les pochettes choc (notre homme a d'ailleurs partagé dès 2014 la scène avec Tyler, the Creator) ; et puis celle du trap rap, dont Father reprend l'argot axé sur le sexe et la drogue.

Mais il diverge aussi de cette forme de rap native de sa ville. Si elle aussi se montre synthétique, sa musique est plus sèche, plus opaque, et parfois minimale, comme avec le piano du savoureux "On Me", le sautillant "Gurl" ou, plus extrême, le titre "Vamp". Aussi, Father ne se prévaut pas d'un passé de dealer, comme le voudrait la logique trap. Son point de vue est plutôt celui d'un consommateur moyen, épris de fête et, surtout, de sexe. Dans un registre plus potache que la pochette très chaude de Young Hot Ebony, celle de Who's Gonna Get Fucked First, conçue par Bootymath, délivre à cet égard un message dénué d'ambigüité.

Father, c'est du rap sale, mais en même temps bon enfant et libérateur. Les filles y sont un sujet de convoitise, mais ce sont aussi des personnes qu'il faut s'efforcer de faire jouir, pas un objet, pas un signe extérieur de richesse. Sur "BET Uncut", on voit ainsi le rappeur et Richposlim questionner les critiques contre des femmes faciles, fréquentes à l'endroit du rap, pour voir en elles le contraire de ce qu'elles semblent : une dénégation misogyne du droit des femmes à la libération sexuelle. Sans donner plus d'importance qu'ils ne le méritent à ces vers, soulignons simplement que, malgé ses abords obtus et un finale nommé "Suicide Party", ce disque de Father est un hymne à l'hédonisme. Mais il l'est d'une manière inédite.

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