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MACO L. FANIEL - Hip-Hop in Houston

, 12:48 - Lien permanent

Scarface, Willie D et Bushwick Bill, K-Rino, DJ Screw et Michael "5000" Watts, Devin the Dude, Paul Wall et Chamillionaire, Slim Thug, Z-Ro et Trae that Truth, et tellement d'autres encore... La ville de Houston, Texas, a tant apporté au rap qu'on en oublie parfois que son statut de ville majeure du hip-hop, acquis après le succès considérable du "Mind Playing Tricks on Me" des Geto Boys en 1991, n'est pas toujours allé de soi. Aussi Maco L. Faniel, un doctorant à la Rutgers University, a-t-il voulu investiguer sur l'avant, sur la genèse de cette scène, et cherché à comprendre comment cette ville, si éloignée de New-York et de la Californie, a su être l'une des premières à défendre un rap venu du Sud.

MACO L. FANIEL – Hip-Hop in Houston

The History Press :: 2013 :: macofaniel.com :: acheter ce livre

L'auteur remonte aux origines, avant même l'ère hip-hop. Il cherche à démontrer d'abord que Houston a toujours été une ville active sur le plan des musiques noires, engendrant des artistes important du jazz, du blues, ainsi que du zydeco. Ensuite, il retrace l'histoire de l'implantation du rap dans la ville, de 1979 à 1986, rendant hommage aux figures clés de cette scène des premiers jours, le rappeur K-Rino, les DJs pionniers Steve Fournier et Carlos "DJ Styles" Garza, et à des lieux de rencontre comme le Rhinestone Wrangler, un club, et le disquaire Soundwaves. Faniel décrit ainsi une scène rap précoce, active et très mobilisatrice, dont la vivacité impressionnera Lyor Cohen et Rick Rubin, grâce auquel se fera la connexion avec l'aristocratie rap originelle, la new-yorkaise.

La scène rap de Houston des années 80 est si vivante qu'elle verra passer des artistes qui se distingueront sous d'autres cieux : le rappeur blanc grand public Vanilla Ice, la semi-légende californienne King Tee et l'un des créateurs du son new-yorkais des années 90, DJ Premier. Et puis, Houston donnera naissance à un label emblématique, le Rap-A-Lot de James Prince, à l'un des groupes les plus importants du rap, les Ghetto Boys, futurs Geto Boys. Aussi, pas très loin d'ici, dans la ville de Port Arthur, apparaîtra UGK, duo fondateur du son spécifique du Sud des Etats-Unis. Et tout cela aussi, Faniel nous le conte dans le détail.

Cependant, il ne le fait pas toujours très bien. Purement chronologique, sa narration manque de fil conducteur. Par exemple, Faniel nous parle des multiples incarnations des Geto Boys, revient sur trois ou quatre paragraphes sur la création d'UGK, puis retourne au groupe précédent sans crier gare. L'amateurisme domine, comme avec cette postface qui nous expose la postérité du rap de Houston, puis qui passe tout à coup au récit à la première personne d'une certaine Julie Grob, bibliothécaire, dont on ne nous avait rien dit jusqu'ici. Aussi, de vilaines coquilles se sont immiscées dans le livre. Par exemple, la Cité des Anges est régulièrement orthographiée "Los Angles".

Plus ennuyeux, ce livre ne nous propose aucune réelle perspective, aucune réflexion, il est purement factuel. Faniel nous donne des noms, il nous explique le comment du développement du rap de Houston, mais il n'apporte aucune réponse au pourquoi. Que le hip-hop local soit devenu gros parce qu'il y a eu des gens pour le faire vivre, soit. Que ses soirées rap aient mobilisé davantage de fans encore qu'à New-York, soit encore. Mais pourquoi ? Pourquoi ici davantage que dans d'autres villes américaines ? Son succès est-il uniquement lié à un hasard, celui qui a amené James Prince à New-York, puis des New-Yorkais au Texas ? Aussi, pourquoi cette prédominance si forte des thèmes gangsta, à Houston ? L'auteur constate tout cela, mais il ne l'explique jamais.

Ce livre, finalement, apporte moins de réponses que le Third Coast de Roni Sarig, qu'il cite pourtant abondamment. Il est moins fouillé. Contrairement à ce dernier, peu y est dit sur l'arrière-plan social du rap de Houston, et sur la division de la ville entre le Nord et le Sud, lesquels expliquent pourtant en grande partie l'orientation très gangsta du rap local. S'il parle de la scène musicale qui a précédé le hip-hop à Houston, il ne fait aucun lien entre celle-ci et le rap. Il ne parle pas non plus de la culture de l'automobile, si importante au Texas, qui marquera énormément les thèmes (Ridin' Dirty, hein) et les sons généralement très lents et lourds en basses qui viendront à caractériser le rap de la ville.

Son histoire est celle, banale, de la naissance de n'importe quelle scène. Changeons les noms et les dates, et elle serait la même dans une autre ville. Au bout du compte, Faniel en dit peu sur la spécificité de Houston, mais il faut avouer que le sujet ne s'y prêtait pas. Avant 1991, en effet, le son rap de cette ville différait encore peu de ce qui était pratiqué ailleurs. Il n'y a qu'à écouter We Can't be Stopped pour s'en rappeler. Seuls la posture gangsta extrême et le thème du désordre mental distinguaient les Geto Boys de leurs pairs.

Ce n'est en fait qu'au milieu des années 90, avec l'influence du syrup et le style pratiqué par DJ Screw, que le rap de Houston commencerait à se doter d'un son propre, d'une identité musicale marquée. Même si l'on comprend cette volonté qu'a Faniel de vouloir rendre hommage à l'avant, en histoire, et en histoire de la musique en particulier, c'est aussi le pendant et l'après qui sont dignes d'intérêt.

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