SHABAZZ PALACES - Of Light
Par codotusylv le jeudi 16 février 2012, 22:46 - Hip-Hop - Lien permanent
C’est l’une des transformations les plus remarquables de l’histoire du rap. A première vue, en effet, les points communs étaient rares entre le jazz rap engagé mais relax de Digable Planets, si typiquement 90’s, et la musique dure et tarabiscotée, réminiscence du rap dystopique à la Company Flow, que nous a révélée plus récemment Shabazz Palaces. Il s’est pourtant avéré bien vite que la rumeur était juste, et que le Palaceer Lazaro des derniers était bel et bien le même que l’Ishmael "Butterfly" Butler des autres.

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A bien y réfléchir, cette évolution n'était pas illogique. Les paroles de Digable Planets, déjà, n’étaient pas toujours des plus légères et optimistes. Et des velléités jazz aux tentations expérimentales, il n’y a souvent qu’un pas. Les deux exercices sont d’ailleurs prisés d’une certaine critique, notamment rock, ce qui explique que Shabazz Palaces ait été signé par cette institution indie pop qu’est Sub Pop, l’autre raison étant la relocalisation de Butler dans son Seattle d’origine. L'aura du fameux label n'a d'ailleurs sans doute pas été pour rien dans l'accueil favorable réservé en 2011 au premier album, Black Up. Avant même ce disque, cependant, les EPs qui l’avaient précédé étaient déjà forts solides, notamment cet Of Light considéré, à raison, et toutes proportions gardées, comme le plus accrocheur.
Ce disque commençait fort, avec la boucle insistante d'un prodigieux "Gunbeat Falls", rythmé par le cliquetis menaçant d’une arme et les raps robotiques de Lazaro et d’une acolyte. Et "100 Sph", souligné cette fois par des arpèges féminins possédés, n'était pas moins impressionant. "Hottabatch" était ensuite une sorte de reggae synthétique, tandis qu’un "Chuch" toujours électronique était rythmé par des chœurs qu’on suppose africains. Puis, au démembré et offensif "Spechol-Analog", répondait l’ambient "Sparkles" et les chœurs éthérés et inquiétants de "N. Splendored". Enfin, "Find Out" se terminait, comme un clin d’œil au passé lointain du rappeur, par un solo de saxo jazz évanescent.
Avec tous ces sons technoïdes et postmodernes pas toujours commodes à avaler, avec ces titres compliqués, tout cela était incontestablement expérimental et intello. Mais ça n'était jamais nerdy. En se lançant dans cette aventure tardive, Butterfly, en effet, ne perdait rien du mordant du meilleur rap. De sa voix rauque, il nous parlait aussi de "guns" et de "bitches", il ne s’était pas assagi, il était même plus noir et agressif qu’il n’a jamais été, nous prenant à la gorge, faisant de sa métamorphose, une incontestable réussite.
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