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RED HOUSE PAINTERS - Red House Painters (Rollercoaster)

, 22:29 - Lien permanent

Après avoir exploré toutes les facettes d'un punk hardcore frénétique, le rock alternatif américain avait commencé dès la fin des années 80 à rebrousser chemin. Sans rien renier d’une certaine fureur, tout en conservant une sensibilité à fleur de peau, certains avaient freiné le tempo et redécouvert les plaisirs vénéneux de la lenteur. Au bout de cette route, au terme de cette formule qui porta à l'occasion les doux noms de slowcore, voire de sadcore, il y avait les Californiens d’American Music Club, et ces protégés de Mark Eitzel qu’étaient les Red House Painters.

RED HOUSE PAINTERS - Red House Painters (Rollercoaster)

4AD :: 1993 :: acheter ce disque

Il n’y a pas d’unanimité sur ce qui serait le meilleur album proposé par Mark Kozelek et les siens. Down Colorful Hill, le premier album, une compilation de leurs démos, est souvent cité. Ocean Beach ou, plus récemment, les disques proposés par cette nouvelle mouture du groupe qu’est Sun Kil Moon, étaient bons. Mais ce disque parfois appelé Rollercoaster, à cause des montagnes russes de la pochette, et pour le distinguer de l’autre album sans titre sorti la même année, est souvent considéré comme ce que les Red House Painters ont proposé de plus accompli.

Il est vrai que le disque proposait la quintessence de ce style extraordinaire de lenteur et de noirceur. Sur Rollercoaster, le format traditionnel de la chanson s’effaçait au profit de longs textes douloureux, mais assez habiles pour que l’on n’y sente pas la lourdeur d’un pathos exagéré. La formule refrain-couplet s’éteignait au profit d’une musique toute en progressions, proche de sa cousine post-rock, mais qui, à son opposé, prenait le parti-pris de la simplicité et d’un songwriting chiadé. Les tons sépias et le parc d'attraction en ruine de la pochette annonçaient on ne peut mieux la couleur, unilatéralement triste, d'un contenu où Mark Kozelek mêlait son spleen de ressortissant du Mid-West aux vapeurs toxiques dont la musique de San Francisco, sa ville d’adoption, a toujours été coutumière.

Très long, Rollercoaster pouvait paraître monolithique et trop pesant. Mais avec l’accoutumance, l’auditeur distinguait les nuances entre ces guitares tantôt gracieuse ("Grace Cathedral Park"), tantôt folk et dépouillées ("Take Me Out", "Rollercoaster"), ou bien sales et noisy ("Strawberry Hill", "Mistress"). Il pouvait entendre un piano gracieux sur une version alternative du même "Mistress" ou sur "Things Mean a Lot", discerner les effets délicats qui sublimaient la voix de Kozelek, des chœurs sur "Strawberry Hill", une chanteuse sur "Take Me Out", et frissonner dès les premières notes d’un "Katy Song" somptueux, au finale aérien.

L'ennui qui menaçait, avec des titres aussi contemplatifs que "New Jersey", ne faisait en fait que préparer les crescendos des plages les plus orageuses, ces moments de splendeur où les guitares folky cédaient la place à d’autres, électriques, dissonantes, et parcourues de "lalas" de désespoir et d’abandon ("Funhouse", "Mother"). Car tout, sur Rollercoaster était disposé à propos, rendant essentielle chacune des 75 minutes de cet album bien rempli, mais maîtrisé.

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