Grand Royal :: 1996 :: acheter ce disque

Il est des parrainages aussi encombrants qu’utiles. Parce qu’une de leurs membres, Kate Schellenbach, fut la batteuse du trio quand il faisait du punk hardcore, parce qu’elles ont été l’une des premières références de Grand Royal, et parce que leur hip-hop malin mêlé d’influences diverses et qui plaisait aux adeptes de rock alternatif n’était pas sans évoquer les formules de leurs protecteurs, les Luscious Jackson ont toujours vécu dans l’ombre des Beastie Boys. Et même si elles eurent leur heure de gloire au milieu des 90’s avec le single "Naked Eye" et l’album Fever In Fever Out, un disque produit par Daniel Lanois, elles n’auront connu ni la longévité ni la postérité de leurs alter ego masculins, elles n’auront pas marqué aussi durablement.

Pourtant, à l’occasion, nos filles auront su être autre chose que de simples Beastie Girls. Elles l’auront démontré sur cet unique album des Kostars, le side project de deux d’entre elles, Jill Cunniff et Vivian Trimble, concocté en marge d’une tournée du groupe, produit par Josephine Wiggs des Breeders, et enregistré avec la participation occasionnelle de Dean et Gene de Ween, et des deux autres Luscious Jackson. Sur Klassics with a "K", les deux filles abandonnaient le hip-hop pour une fibre plus pop, la même que celle qui avait réussi à Fever In Fever Out, mais plus épurée, moins brouillonne, avec des chants calmes et apaisés, avec de véritables mélodies et de belles harmonies vocales (celles, parfaites, du mélancolique "One Sunny Day"), avec des chansons aigres-douces et nostalgiques au feeling très organique, voire rétro (guitare acoustique, piano, un accordéon sur "Never So Lonely", un saxo lointain sur "One Sunny Day", un orgue désuet sur "Hey Cowboy", etc.), trois pour chaque membre du duo, et quatre autres écrites ensemble.

Même s’il manque un single à ce disque, même s’il n’a pas de "Naked Eye", tout cela est rien de moins que charmant, des airs de valse de "Never So Lonely" à ceux, latins, de "French Kiss", à la petite touche funky de "Jolene on the Freeway" ou encore à ce "Mama Never Said", seul titre à faire usage, fort à propos, de l’électricité. Sans oublier "Don’t Know Why", le plus synthétique mais le plus beau moment de l’album. Alors, classique ? Non, peut-être pas, avec ou sans "K". Comme avec toute recette un peu sucrée, tout ici n’est pas long en bouche. Mais pas loin tout de même, au point qu’on puisse prétendre très raisonnablement que ce disque fut le meilleur jamais proposé par les filles de Luscious Jackson, fussent-elles réduites à un duo.