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STRUCTURE - Fraîcheur Garantie

, 23:08 - Lien permanent

Traditionnel, familier, peu aventureux, le premier album de ces rappeurs québecois ne révolutionnera pas le hip hop. Toutefois, il devrait suffire à rendre vert de jalousie n'importe quel tâcheron du rap français.

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Le hip hop québécois demeure un grand inconnu. Et pour cause, la scène locale a paraît-il attendu l'essor du rap français, vers le milieu des 90's, pour découvrir que sa langue se prêtait au genre, plutôt que de continuer à vivre dans l'ombre des grands voisins américains. Le groupe La Structure, composé de Nerve (DJ, au centre sur la pochette), Saimon (MC, à droite) et Luwee le Metroman (MC et producteur, à gauche), est actif de longue date dans l'underground local, et s'est largement impliqué dans toutes les sphères du hip hop, du graff au turntablism en passant par la création de label et des émissions de radio. Preuve de son statut, le trio s'est retrouvé naturellement en première partie de visiteurs comme IAM, les Sages Poètes ou le canadien anglophone Choclair lors de leurs passages par chez eux. Il donne aujourd'hui avec Fraîcheur Garantie, un premier album sorti sur leur propre label (Nakstyle Productions), l'occasion idéale de découvrir ce hip hop francophone venu d'Outre-Atlantique.

A première écoute, premier jugement : Fraîcheur Garantie ne révolutionne pas le hip hop. Dès "Quatre Eléments", titre assez explicite accompagné d'une production au doux mais habituel parfum de DJ Premier, il est clair que La Structure donne dans un registre traditionnel. Il n'y a qu'à recenser les thèmes évoqués sur les premiers titres pour se donner une idée : après "Quatre Eléments", "Coupable" défend un rap mis en accusation, "Le Pimp" donne dans le très cru, et "On est D'accord" s'en prend aux "wack". Comme près d'un morceau sur deux de l'album, d'ailleurs. Il y a bien une nouveauté, cet accent québécois franchement inhabituel ("chuis ton pimp, chuis ton gérein, chuis ton agein, j'veux ton argein"), mais on s'y fait vite. Tout comme on s'est habitué au curieux accent sudiste d'Outkast & co en d'autres temps.

Les MC's ont du talent, pourtant. Si les thèmes sont grillés, les flows, les images et les paroles évitent les formules habituelles au rap en français, sans donner pour autant dans les velléités poétiques chères à certains rappeurs canadiens anglophones. Même jugement pour le son. Aucun morceau, même les moins passionnants, n'a de beat pourri. Cela varie toujours du correct au vraiment bon, indépendamment de l'originalité. Parmi les réussites, il faut citer "Dans ta Face", l'un des singles qui les a fait connaître, fort d'une excellente production et d'escapades ragga très bien gérées, l'accordéon très personnel du "Mon Monde" de Luwee, et surtout le piano de "Qu'est-ce que tu Veux", l'un des meilleurs titres de l'album nonobstant de nouvelles paroles anti wack. A retenir aussi, les exercices turntablists de Nerve, notamment "100% Pure Butt Scratching", qui démontre pourquoi il est un des meilleurs DJ's de sa province.

Fraîcheur Garantie est donc un album de rap traditionnel, sans que cela soit rédhibitoire. La Structure tourne depuis assez longtemps sur la scène québécoise pour avoir eu le temps de peaufiner sa formule et de livrer un produit sérieux et abouti. C'est juste étonnant, à l'écoute de ces thèmes rabâchés soutenus par un son familier, d'apprendre que Luwee le Metromane est un amateur de rap indé, qu'il vénère Co-Flow, Aesop Rock, Quannum et Buck 65. Même si, en écoutant bien, quelques productions étalées à travers l'album font montre d'une inventivité certaine. Cela commence avec les petits sons dérangeants de "Coupable", reprend bien plus tard avec les accents gothiques de "Souverain des Egouts" et atteint son paroxysme avec le speed et dérangé "Trois Secondes" ou le futuriste "2028".

Ces passages ne dominent pas l'album. Il s'agit plutôt de nouvelles directions encore discrètes, et pas tout à fait abouties. Mais ils sont un excellent prétexte pour surveiller les prochaines sorties de La Structure, et pour les croire capables de se renouveler et de surprendre. Ceux qui ne souhaitent pas attendre jusque là peuvent de toutes façons se procurer cet album, qui, sans être génialissime, devrait rendre jaloux n'importe quel rappeur français. Ce qui n'est pas bien dur, il est vrai.

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